ROGER-VIOLLET, UN DESTIN SINGULIER, PARTIE 1

Jeanne Morcellet

Je me souviens de ma première visite chez Roger-Viollet, fin des années 90 : lovée au cœur d’un quartier central, huppé, intellectuel et artistique, toute de bleu cobalt, forte du slogan simple et définitif « agence photo depuis 1938 », la glorieuse en impose encore. Face à la porte d’entrée, une femme-tronc, visage sévère et lunetté : elle trône derrière un vaste bureau posé sur une estrade, couvert de magazines et de quotidiens. Elle vérifie la signature des photos publiées et traque du haut des marches qui la séparent du sol et du commun des mortels les mauvais crédits. Elle vous tient la dragée haute.

Car chez Roger-Viollet, on ne badine pas avec l’histoire, on la photographie ; on ne plaisante pas, on travaille ; on ne rêve pas, on archive. Jusque dans les années 2000, l’agence rayonne. Prestigieuse, florissante, elle regorge de plaques de verre, de films tous formats, de tirages vintage qui dévoilent un fonds unique sur la mémoire de Paris et les annales du globe. Personne n’oserait contester sa renommée ni la v