PUDEUR DE L'IMAGE

Cendrine Genin

La distorsion m'a toujours fascinée.
Ce que l'on voit et ce que l'on croit voir. Cela équivaut à parler du mensonge du regard.
L'oeil est toujours à taille humaine.

La distance de perception est reliée à l'émotion. Tout comme la focale choisie, du plus loin au plus près, il s'agit d'une manière d'être au monde, face à l'autre.
Quel est le point, le fameux punctum, qui nous touche, nous relie en l'autre et pourtant nous trompe, nous égare ?
Ne serait-ce pas précisément ce point de rencontre où l'on s'oublie soi, pour se perdre en cet autre là.
Mais ce ressenti est presque invisible, indicible et les lignes apparaissent toujours debout. Pourtant la faille est là, un point de déséquilibre que le regard saisit, et qui dérange silencieusement.
On sait, mais on ne veut pas voir.
Et si la forme se tord et se distend sous l'émotion optique, que le flou devient langage, c'est surement comme nous dit le poète que l'image est pleine de larmes.
La pudeur voudrait alors que l'on ferme un peu les yeux pour en appréhender une vérité.