HISTOIRE DE . . .

Catherine Raspail

Le photographe serait un gardien de la mémoire. Pas un historien.
La photo incarnerait alors le fruit et l’addition du temps capturé et de l’espace arrêté. Un instant non représentatif mais désormais matérialisé qui témoignerait d’un style, de traditions, de modes, de ce qui, par conséquent, appartient au passé.
La mémoire n’est pas l’histoire ; le choix du sujet et du cadrage subjectifs.
Témoignage, reportage ou volonté de fixer le sable qui file entre ses doigts ?
Quel rôle joue le photographe dans l’histoire du monde ? Quel désir l’entraîne à pousser le déclencheur ?
Certes, il détient un pouvoir immense : immortaliser l’instant, lui donner la vie éternelle. Et plus encore, comme tout créateur, il peut remodeler l’entière image, la modifier, la recadrer, invisibiliser certains détails, jouer avec la lumière : plaisir et jouissance de la post-prod.
Que dire alors du peintre qui s’approprie la pellicule et y dépose sa matière ?
Jean-Marc Cerino collecte d’anciennes photos sur le web et relit pour nous, des années plus tard, la pendaison de Mussolini, la répression de la révolution bolchévique en 1917, le bombardement de Guernica, une grange en 1932 ou un glacier en 1900.
Il est peintre, pas photographe.
Il emprunte au photographe l’image capturée alors ; souvent icône terrible d’un présent passé chaotique. Il se meut en sauveteur de photos oubliées et les ramène « au port qu’est l’atelier ».
Il les fait siennes, se les approprie, pose son regard contemporain et donc hors sujet, sur ces témoignages en temps réel. Il recadre, retient l’essentiel, les tir