AMOUR

Dunia Ambatlle

Souviens-toi !
Ainsi mémoire et amour s’avèrent indissociables. Habituellement, il n’existe pas d’amnésie amoureuse, ni d’amour sans souvenirs, aussi infimes soient-ils. Mais ne confondons pas le désir et l’acte d’amour. Ce dernier est une construction complexe où se mêlent des vécus divers, bien qu’ils soient dissemblables. Aimer c’est s’accrocher aux racines d’autrui et les faire siennes en les mélangeant aux nôtres. Difficile, trop complexe, car nous ne sommes au fond que des esseulés.
Parler d’amour, au sens le plus large est une utopie. Qui peut prétendre avoir vraiment aimé alors que nous ignorons comment nous aimer nous-mêmes ?
Au fond, la tristesse, le désespoir que nous pouvons ressentir devant l’échec d’une relation, qu’elle soit amoureuse, amicale ou les deux, n’est que le regret de ne pas avoir réussi à devenir un être unique pour l’autre. Il ne reste, dès lors, que l’amour propre. Et c’est peut-être lui qui nous encourage à nous rapprocher d’autrui afin d’être reconnu, admiré, voire encensé.
Que signifie donc « aimer » ? Un enfant, un amant, la famille ? Il ne reste, à bien y réfléchir, que des miettes de sentiments, ces mouvements du cœur, lus et relus à l’envi, devenus légendes à travers les âges. L’amour n’est-il pas un art de feindre dont nous sommes tous les acteurs ?
Aimer son fils, son amant, son ami, c’est peut-être vouloir le changer afin qu’il corresponde mieux à ce que nous attendons de lui. Acte d’orgueil auquel on ne pense jamais et qui s’avère le plus souvent inutile.
Aimer et donner à tous, dans une sorte d’acte œcuménique pour changer la face du monde, n’est-ce pas également un geste égoïste et empreint de superbe ?
Aime autrui comme toi-même ! Encore faut-il comprendre ce que signifie l’amour de soi sans égocentrisme et seulement pour devenir capable de donner vraiment, sans chercher nul retour.
Souviens-toi !
Et peut-être l’amour n’est-il simplement que quelques instants gravés dans la mémoire. La trace d’un corps, d’une main, d’un sourire, d’une parole ou d’une idée. Ce ne sont alors que les empreintes de tout ce qui nous a permis de nous oublier pour un moment, afin d’aller au-delà de ce que nous sommes.