MICHEL WICHEGROD

Autodidacte tardif, attentif et fiévreux, puis vieil élève d’un jeune photographe d’art et d’expérience. N’oublie pas ses premières amours : Ralph Gibson, Jane Bown, Ansel Adams, Fan Ho, Martin Munkácsi, Michal Cala…
Vit dans un monde monochrome. Photographie dans la même couleur. Essaye d’attraper, au travers du réel général la géographie, les lieux, les créatures d’un hinterland psychique, c’est-à-dire fantasmagorique.

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Titre : Still Life
Ce que je sais de cette série, ouverte et proliférante : c’est une galerie de portraits. Ce que je ne sais pas : des portraits de qui ? Ou de quoi ? De monstres incompréhensibles, comme disait Pascal, penché sur ses semblables et sur lui-même. Figures de chimères, de hantises, de cauchemars. La routine quand on a beaucoup pratiqué Goya lorsqu’on était jeune, côtoyé Hoffmann, approché Callot, accompagné Füssli, talonné Jérôme Bosch, poursuivi William Blake, et que par ailleurs on est agrégé – et étranger – à un soi-même d’autant plus indéchiffrable qu’il n’existe pas et que ce qu’on a, à la place, c’est le mirage d’une identité, des ombres tout en brisures, en reflets opaques, une tache aveugle. Menace, angoisse, grotesque, je suppose que ces images sont une sorte de reportage intérieur, la matérialisation d’un état projeté sur des sujets extérieurs parce qu’on n’a pas encore trouvé le moyen d’ouvrir aux visites la cour des miracles de notre extravagant palais mental, d’enregistrer en direct le sabbat des cerveaux. On n’a trouvé que le moyen d’en sortir tant bien que mal en lui donnant une forme, artistique par exemple, sans toujours bien comprendre comment, autant par ce qu’on sait faire que par ce qu’on ne sait pas faire. Ce sont des suppositions, des restrictions, des incertitudes, des carences qui me rassurent. Je vois mal l’intérêt d’un art – d’une conversion esthétique des obsessions et des tourments – qui ne serait pas, à un degré ou à un autre, autonome, accidentel, monstrueux et, dans les limites du raisonnable, incompréhensible. L’énigme est assez souvent une meilleure explication que n’importe quelle explication.

« Vous ne devez pas désirer que les choses qui se font se fassent comme vous le voulez, mais vous devez vouloir qu’elles se fassent comme elles se font. »

C’est dans Pascal, ça aussi.

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