MARIE-LAURE MALLET MELCHIOR

Une capture transfigurée de l’espace et du temps
Tout au long de mon parcours de peintre, plutôt inscrit dans l’abstraction de la fin des années 1980 jusqu’au milieu des années 2000, j’ai expérimenté de nombreuses techniques (sérigraphie, gravure, photo) et mobilisé des matériaux et des supports variés. Depuis une douzaine années désormais, je tire parti des possibilités de la photographie numérique pour transfigurer les objets ou les espaces caractéristiques de notre civilisation urbaine en perpétuelle activité et en constante mutation : grands chantiers de destruction-rénovation, ponts métalliques, zones portuaires, friches industrielles, gares, moyens de transport... Cette transfiguration permet de créer des univers surréels qui renvoient au travail du temps qui passe. En effet, il s’agit pour moi à la fois de sauvegarder la trace de ces épaves du temps à un moment de leur existence et de les sublimer, démarche qui n’est pas sans rappeler celle de l’Urbex.
La transfiguration s’opère par l’hybridation du montage numérique, de la peinture et de la gravure le plus souvent sur des supports métalliques (aluminium ou acier inoxydable). Dans un premier temps, le montage numérique me permet d’assembler ou de modifier des images réalisées au cours de mes voyages qui m’offrent sans cesse l’occasion d’enrichir mon répertoire. Ensuite, la peinture avec ses couleurs, ses transparences ou ses épaisseurs prend le relai : je me réapproprie l’image transférée manuellement. En phase ultime, la gravure du métal produit la lumière selon un jeu de lignes choisies qui structurent mes espaces. En laissant ainsi passer par endroits la brillance de l’aluminium, l’image se modifie lorsqu’on se déplace devant l’œuvre, créant une interaction entre celle-ci et celui qui la regarde.
On laissera au critique d’art Etienne Ribaucour le soin d’évoquer ce que peut susciter mon univers auprès de celles et ceux qui prennent le temps d’une réception/perception active : « le réel de la photo peut être voué au flou par le rajout ou la suppression d’éléments, de couleurs, et devenir le gisement d’émotions oubliées, fossilisées au plus profond de nous-même et soudainement réveillées par cette exploration artistique ». Les émotions surgissent car les univers créés font écho à des souvenirs d’une époque révolue enfouis dans notre mémoire. C’est par cette réactivation d’événements et de situations oubliés que s’opère ce que C.G. Jung appellerait la séduction de la nostalgie.

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