MARIE BIENAIMÉ

J'ai reçu mes premiers appareils photographiques jetables pour mes 8 ans. J'étais ainsi encouragée à photographier mes vacances et ma famille. J'ai eu une pratique photographique régulière mais assez dilettante jusqu'en 2003, année du décès de mon père. Mon frère retrouva dans les affaires de notre défunt un vieux reflex Canon acquis dans les années 60 au Japon, me le donna, et une fois réparé, je me mise en devoir de "réussir" mes photographies, construire une espèce de mémoire, capter les instants de rien qui font le tout. Intuitivement, j'ai découvert la photographie et son sens plus profond. La photographie n'était plus juste une image, mais une sauvegarde du présent, l'alliance de plusieurs facteurs techniques et discursifs, m'amenant vers une recherche narrative.
Depuis lors l'acte photographique a occupé une place de plus en plus grande dans ma vie. En 2009 j'ai décidé de lui consacrer mon quotidien.
Je partage dorénavant mon temps et mon énergie entre travaux de commande et recherches personnelles (et mes enfants). Ma sensibilité m'amène vers des interrogations sur notre condition éphémère, sensible, les traces que nous laissons. Je tente de répondre à mes propres questions, ou d'apporter une réflexion, une sensibilité que j'aime partager avec autrui. La photographie est un mode de communication magnifique ; on peut toucher et rencontrer des âmes, des histoires. C'est avant tout un vecteur de dialogue et de rapprochement. Je cherche à questionner, raconter en toute simplicité.
Je travaille avec la Galerie Domus, la galerie Catherine Mainguy à Lyon, et bientôt la galerie Courcelles Art Contemporain à Paris.
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Cosmos
D'après Larousse, le cosmos est "l'Univers et ses lois, ou, plus généralement, tout univers, réel ou issu d'une conception scientifique ou fantastique."
Le 15 mars, pressentant la quarantaine et l'isolement qui nous menaçaient, ma vie s'est emplie de vide. Ce fut vertigineux, fort, silencieux et angoissant.
Jour après jour, comme pour beaucoup d'entre nous, ce vide a laissé place à des réflexions sur ce fameux "nous", notre empreinte, "nous" famille, "nous" amis, "nous" humains, "nous" planète, "nous" vie. Le temps s'entremêlait, se rétractait, un très étrange passage de quelques semaines comme une chute dans un puits. Puis mes idées se sont éclaircies, et mon esprit a pu digérer, interpréter et ressentir cet infini qui m'avait frappée, ce silence très lourd de sens.
"Cosmos" raconte, exprime à ma façon le tout dans le rien, le peu dans le beaucoup, le presque comme un ensemble, tout marqué par notre présence. J'ai intimement intégré le fait que nous, humanité, habitons cette planète comme si elle était seulement nôtre. Nous y bâtissons, circulons, exploitons, creusons, laissons des traces, certaines éphémères, d'autres frôlant l'éternité. Nous squattons, dans le sens ou nous nous octroyons l'hégémonie sur tout le reste du vivant, et je me demande désormais de quel droit... Quelle inconscience, quel mépris, quelle vanité, quelle arrogance avons-nous ! Peu de gens aujourd'hui gardent la place raisonnable que la nature nous propose.
Ces images racontent le silence de notre passage, les reliques de ceux qui étaient et ne sont plus, ce silence qui était si anxiogène voici quelques semaines et m'est devenu accueillant. J'ai peint à la lampe frontale, la nuit, des arbres, bosquets, fleurs, résidus trouvés dans la nature, avec mon petit outil de lumière. Les traces de l'homme sont partout, comme un bruissement incessant, alors que nous ne sommes presque rien.

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