top of page

ANTHONY THENAISY

Âgé d’un peu plus d’une vingtaine d’années, j’achète mon premier appareil et alors photographie régulièrement ce qui m’entoure, comme une église effacée derrière le feuillage d’un arbre. Petit à petit le thème de la disparition s’impose à moi et j’en viens à m’intéresser aux traces, au vide, au travail qui s’en va, au flou...
Des photographies, tant en noir et blanc qu’en couleur, qui tentent de questionner la place des espaces naturels dans notre monde. Des images souvent floues pour évoquer la disparition, celle du vivant en particulier. Des paysages qui disparaissent pour partie à la prise de vue. De manière à écrire un autre récit. Ici une ligne d’horizon viendrait casser en deux la matière sombre d’un boqueteau. Là ce seraient des aulnes qu’une pâture de chicorées sauvages parviendrait à engloutir. Ailleurs des champs de blé qui finiraient par se fondre avec le bois abîmé d’une grange et, sur le côté, une moissonneuse qu’on dirait caravelle, portée par le brouillé des noirs et des blancs. D’autres arbres encore, peut-être des acacias, dont on ne saurait plus où sont les troncs, les branches, traversés de l’arrière par une lumière de fin de journée qui efface, et ce serait comme un feu qui commence, indéterminé, ténébreux.
La condition humaine et le rapport de l’individu à l’espace sont des thèmes récurrents de mon travail. J’aime photographier des paysages où se rencontrent monde naturel et monde construit. Sensible au récit, j’explore les frontières entre la fiction et le documentaire dans des images avec une dimension politique sous-jacente. La relation complexe entre l’homme et la nature est aussi centrale.
Tout en maintenant une distance certaine avec leur sujet, mes photographies sont la résultante d’une tentative qui se veut avant tout ambiguë, sans message clair, laissant la place au hasard. Elles s’intéressent également au logement, à la migration et à la pression exercée par l’homme sur nos écosystèmes.
J’expose régulièrement depuis 2018. Je fais partie des artistes de la galerie Wilson à Blois depuis 2023.
__________________
Disparition
À l’ère de l’anthropocène, il devient urgent de repenser en profondeur notre relation au vivant. Les alertes scientifiques se sont multipliées ces dernières années : effondrement de la biodiversité, dérèglement climatique, artificialisation croissante des sols. Les trajectoires actuelles restent préoccupantes, avec des projections qui, à l’horizon de la fin du siècle, annoncent un réchauffement global majeur et une érosion continue des écosystèmes. Malgré une prise de conscience plus visible, les réponses demeurent encore largement insuffisantes face à l’ampleur des transformations en cours.
En France comme ailleurs en Europe, l’artificialisation des terres se poursuit à un rythme soutenu, grignotant progressivement les espaces naturels, agricoles et forestiers. À l’échelle mondiale, la dégradation des sols et la disparition des milieux vivants s’intensifient, fragilisant les équilibres dont dépend pourtant notre propre survie.
C’est dans ce contexte que s’inscrit Disparition, un projet photographique qui interroge notre rapport au monde vivant. Ce projet explore l’idée d’une nature en retrait, en effacement progressif. Les images proposées ne cherchent pas à documenter fidèlement le réel, mais à en traduire la perte sensible.
Le travail repose sur l’usage du mouvement comme geste créatif. En faisant « danser » l’appareil photographique au moment de la prise de vue, les formes se troublent, se délitent, deviennent incertaines. Ce flou de bougé n’est pas un accident : il est le cœur même de l’écriture visuelle. Il introduit une instabilité, une vibration, une disparition en cours. Les arbres, sujets principaux de la série, semblent se dissoudre, fuir, ou glisser hors du cadre.
Ce mouvement traduit une double tension : celle du monde vivant qui s’efface, et celle de notre regard qui peine à le saisir, comme si ce qui disparaît nous échappait déjà. L’image devient alors le lieu d’un basculement, où le visible se fragilise.
À travers ces photographies, il s’agit d’évoquer la rivalité entre deux dynamiques : celle d’un monde construit par l’humain, en expansion constante, et celle du vivant, qui recule. Mais plutôt que d’en proposer une représentation frontale, ce projet choisit la suggestion, l’instabilité, le trouble.
Ces images convoquent ainsi une forme de poésie visuelle, où le mouvement devient le langage même de la disparition. Une tentative, sans doute modeste, de rendre perceptible ce qui, bien souvent, s’efface silencieusement.


Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
tk-21_logo.png

​

bottom of page