ANOUCK EVERAERE

Née à Lille en 1991 je partage ma vie entre la France et la Belgique. Photographe contemporaine à l’inspiration du courant Nouveau Documentaire, j’expose mes images entre Paris, Lyon, l’Ardèche et Bruxelles et construit ma matière plastique depuis plusieurs années autour de la représentation du territoire. Après un passage aux Beaux-arts, je découvre les procédés anciens de la photographie par le biais de Dominique Sudre, à l’atelier Magenta de Lyon. Je me suis par la suite orientée vers un parcours plus documentaire chez Gilles Verneret à l’école BLOO.
Avec la volonté permanente d’explorer les médiums et de créer la rencontre, je pose mon regard au croisement des luttes sociales et de la poésie du quotidien. Au travers de nombreuses séries dans des lieux hétérogènes, j’explore les sensations produites lorsque l’on cherche ses propres limites.
Depuis trois ans je travaille dans un petit village d’Ardèche, Lussas, surnommé le « Village documentaire », un lieu abritant tous les corps de métiers du documentaire de création. J’ai toujours eu cette fascination pour le cinéma sans jamais avoir trouvé cette porte d’entrée et c’est à Lussas que le lien entre la photo et le cinéma s’est fait.
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« Si au moins les ennemis avaient un peu attendu, une semaine lui suffisait pour se remettre ; ils avaient attendu si longtemps, ne pouvaient-ils retarder de quelques jours encore, de quelques jours seulement ? »
(Le désert des Tartares, Dino Buzzati).
J’ai fui, j’ai fui la ville, son odeur, sa pesanteur, sa hauteur, son rythme. Je me suis enfuie pour la campagne, la campagne profonde, en Ardèche, un territoire en repeuplement, fantasmé par beaucoup, qui comme moi, fuient.
Depuis trois ans je vis et infuse dans ce territoire dit rural et le documente à la manière d’un journal.
Un quotidien se met en place, un équilibre aussi, autour du travail, des éléments, d’une communauté.
La nature devient alors première. La forêt, l’air, le mouvement des grands espaces, la roche, les orgues, tout s’aligne, je suis à ma place.
Pourtant il apparaît très vite que l’évident mirage de la nature n’est qu’un souvenir pour les anciens.
Les zones industrielles et commerciales grandissent, les projets d’aménagement se rapprochent toujours un peu plus de mon paradis.
Sauvage ? C’est mon hommage aux Saisons de Pelechian, c’est mon désert des Tartares.
C’est l’image d’un territoire où l’humain et la nature tentent de ne faire qu’un mais sont noyés sous l’industrie qui s’impose. On l’entend, qui se rapproche dans le lointain et qui nous pollue.
Un projet de basilique, une usine de bétonnage, une centrale nucléaire qui tremble... Mes images ne sont pas celles d’une campagne qui vit de sa terre mais d’un territoire en lutte, une lutte contre un mode de vie qui grandit et s’étale, qui gagne du terrain sur chaque parcelle végétale.

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