ALEXA HENRY

Un jour un appareil photo. Il y a six ans et l'instinct parle.
Les images surgissent et se construisent avant même d'appuyer sur le déclencheur. Comme si elles étaient là depuis des années, en embuscade dans mon esprit. La photo s'est imposée à moi comme mon espace de vie, de liberté et de création. Elle est ma petite voix.
Elle prend ma main, capture des instants, des éclairs de lumière et de vie. Sur le vif.
Le noir et blanc, d’abord, une évidence. Je suis fascinée par le langage du monochrome. Un noir et blanc proche de l’argentique Il semble simple mais c’est un langage complexe, nuancé et tranchant. Révélateur de l’essentiel.
La couleur viendra plus tard portée par l'énergie et l'émotion des éléments de ma vie : elle fera sa place petit à petit. Comme une promesse, une poésie
de l'instant. J’accroche la couleur à mes pensées les plus intimes.
__________
C’est un état intérieur, un chaos après la tempête. Ce sont des vues sur l’avenir brisées. C’est moi coupée en deux. Mon corps fonctionne encore mais il est sinistré à l’intérieur. Plus de repère, plus de vie ni de sève. Je suis là, posée sur ce sable, secouée par un cyclone qui m’a laissée sur cette plage....
Il est interné en hôpital psychiatrique depuis deux semaines. Mon fils. Il n’a que 15 ans et nous l’avons rattrapé avant qu’il ne bascule dans le vide pour partir. Je viens de réaliser qu’il ne reviendra pas à la maison et qu’il grandirait peut-être loin de nous. Ça me déchire. Je suis dans le brouillon et je regarde la vie dans le brouillard. C’est une excursion au Pays Basque. Nous sommes en février, année 2021. Un couvre-feu à 18h... des passants masqués... des terrasses de restaurant vides et fermées... Le manque de Loann me crève le coeur et me coupe en deux. Je le vois partout. Aux arrêts de bus, dans les rues, la plage, dans d’autres familles. Il n’est pas là. Regarder les autres et entendre crier le ravage intérieure. Les familles unies en dehors de nous, le bonheur des autres en dehors de moi. Loann loin de nous, de moi. Ces instants de vie et ces instants de vue que j’accroche du haut de la terrasse de l’hôtel. Le bleu de la lumière et la solitude de ces instants où le temps s’évapore, entre chien et loup, pendant une dernière ballade, un creux de l’océan avant une nouvelle vague... ces moments où le temps n’est plus tellement il s’éternise... Le désordre c’est ma souffrance couverte du bleu de la nuit et de l’océan... c’est la carte postale de vacances criant ma solitude.

Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
tk-21_logo.png