top of page

L'ESPAGNE DE MON ENF(R)ANCE
UN LIVRE DE FABIENNE GIL PARADEIS

ÉDITION NUMÉROTÉE DISPONIBLE EN PRÉACHAT À PARTIR DU 12 MAI 2026

W_COUV_ Fabienne Gil Paradeis 3 copie.jpg

L'ESPAGNE DE MON ENF(R)ANCE

ÉDITION LIMITÉE, NUMÉROTÉE & SIGNÉE PAR LA PHOTOGRAPHE

________

Corridor Éléphant Éditions propose depuis dix ans des livres d’artistes émergents en édition de collection, limitée, numérotée et signée.

Le livre de Fabienne Gil Paradeis est disponible en édition de collection, numérotée, imprimée sur un papier 170 g, avec une couverture pelliculée mate 400 g.

Format 21 x 15 cm. 78 pages. 51 photographies.

L'édition de collection est imprimée en France et envoyée par nos soins dans un très beau papier de soie bleu cacheté.

Afin de permettre d'imprimer le plus grand nombre d'exemplaires en édition de collection, nous vous proposons des lots composés du livre et de tirages de photographies extraites du livre. Acquérir le livre en édition limitée, c’est acquérir un objet unique faisant lien avec l'auteur.

PRÉACHETER / VOIR  LE LIVR

La photographie de Fabienne Gil Paradeis est un trait d’union entre deux pays, deux époques, deux générations. C’est une invitation à remonter le temps, un travail de mémoire. Création polymorphe, mais pouvait-il en être autrement ? L’image se compose, se déchire, se superpose pour mieux restituer l’incroyable capacité que possède tout migrant à s’intégrer par-delà ses frontières à une autre culture. Qu’abandonne-t-on à passer de l’autre côté d’une montagne ? Qu’emporte‑t‑on de ce pays que l’on quitte ? Que transmet-on aux générations futures ? Celles qui naîtront loin de la mélodie d’une langue qui ne leur sera pas maternelle. De photographies en collages, l’artiste entraîne le spectateur dans un récit qui conte la richesse des différences, l’opiniâtreté de la survie, le désir de lendemains meilleurs, la quête de racines pour ceux qui verront le jour ici, bercés par les souvenirs de « là‑bas ».   

L’éditeur

L'ESPAGNE DE MON ENF(R)ANCE (EXTRAIT)

​​​

L'INTERVIEW DE FABIENNE GIL PARADEIS

​​

Pourquoi photographier ?

Je cherche de manière obsessionnelle à creuser mes sillons, à lire ce qui est en creux, ce que je ne comprends pas, ce qui me touche de trop près. C’est à la fois m’en approcher sans m’y perdre, sans me laisser envahir par ce que cela dépose en moi. Le médium photographique me permet d’extraire des fragments tamisés et de leur donner un statut inédit. 

Photographier de l’intérieur est mon socle, ce qui me met en mouvement, en acceptant pleinement la subjectivité, avec ses lumières et ses ombres. C’est aussi quelque chose qui m’appartient pleinement, qui me fait aller à la rencontre de ce qui me traverse. Ainsi, lorsque quelque chose insiste, me revient sans cesse, je commence par chercher des liens, je lis, je me documente, je m’en éloigne, j’écris, je renonce aussi, j’y reviens, je fais des photographies, je me perds… J’ai besoin de cette longue immersion. J’aime travailler sur la conception d’une série, le cheminement est d’une importance majeure. Pourquoi photographier ? Au fond, parce que je ne peux m’imaginer vivre sans, c’est le chemin que j’emprunte pour  me sentir présente au monde.

 

 

Comment et pourquoi vous est venue l’idée de ce travail ?

Je pense que ce travail était là, bien avant que je n’en prenne conscience et que l’idée ne se matérialise. Je crois que je butais sur le fait de vouloir représenter l’absence, le manque, le silence. Ma mère est tombée malade, et l’espoir qu’elle parle de l’exil de ses parents s’est évanoui. Cette question me revenait pleinement sans plus attendre de réponses qui ne viendraient pas. C’est en allant à l’avant-première du film documentaire « Le Silence des autres » que ce travail s’est imposé. J’entendais parler espagnol tout autour de moi dans la salle de cinéma, ce qui me plongeait dans des souvenirs d’enfance. Puis j’ai senti l’odeur de l’eau de Cologne de ma grand-mère, l’émotion ressentie a été si forte que je me suis dit qu’il était temps de me lancer dans cette quête, qui était à la fois la mienne, mais que je ne percevais qu’en creux. Je ne savais pas comment j’allais exprimer ce que je ressentais. La photographie et l’écriture m’apparaissaient comme des médiums privilégiés pour réaliser ce travail. La forme est venue servir le fond, ce que je voulais transmettre, elle s’est construite en lien étroit avec ce que je découvrais au fil du temps.

 

 

Qu’est-ce qui vous a poussée à déchirer des images ou à les superposer ?

Je n’avais pas du tout l’idée d’utiliser différentes écritures au début de ce travail. Je me confrontais à la complexité du thème, qui convoquait une multitude de directions. J’ai réalisé à un moment que le grand nombre de photographies réalisées ne disait pas grand-chose de ce que je voulais transmettre, s’extraire de cette profusion a constitué un point de bascule. Mettre la réalité à distance m’a ouvert la possibilité de la représenter. C’est dans le corps même de la photographie que j’ai cherché à relire le monde dans lequel j’ai grandi. J’ai pu alors brouiller la perception linéaire du temps, ainsi que celle de deux territoires clivés au profit d’une fiction tangible. Ces écritures diverses ont fait naître des objets photographiques hybrides, façonnés à la main, qui ont apporté un relief à cette part anonyme de mon histoire. J’ai découpé ma famille, donnant vie à des petits personnages solidifiés pour qu’ils tiennent debout, survivants de l’exil. Je les ai transportés, je les ai posés ça et là en Aragon, et photographiés.  J’ai déchiré, effacé, gratté, autant d’actions qui parlaient de mon histoire et se sont traduits par de nouvelles propositions narratives : j’ai décomposé pour recomposer un paysage intérieur, j’ai alors recollé, superposé, assemblé. Ces choix placent ces images dans un rejet d’une dimension purement documentaire et illustrative du réel et en font des propositions alternatives, passant par l’expérimentation de la matérialité. Une fois découpées, déplacées, assemblées, ces photographies d’archive perdent leur sens premier et apparaissent augmentées de pouvoirs expressifs, habillées des affects enfouis. Sorties de leur contexte intime, ces épreuves photographiques s’ouvrent vers une mémoire collective, montrant que l’exil devient matière à métamorphose, processus de réinvention. Ce travail met en lumière la tension entre l’identité individuelle et l’appartenance collective.

 

 

Le présent peut-il transformer le passé ?

Je le crois profondément. La réalité du passé est perdue, et nous n’avons aucun moyen de la faire revenir dans son exactitude. Il nous reste des souvenirs, des traces, des récits transmis, mais aussi des silences, des trous noirs dont on ne sait rien.

Il s’agit de créer les images qui nous manquent, photographier cette absence pour que notre histoire bancale prenne corps et trouve un socle qui la fasse tenir debout. Cette écriture, tel un palimpseste, est un travail sur la mémoire, en réécrivant au présent sur des traces incomplètement effacées du passé.  Je peux lire en transparence dans ce limon qui est à la fois oubli et mémoire. C’est cette réalité qui lie le présent au passé. Ainsi le présent préserve le passé, le transforme et le fait vivre.

PREACHAT E R
bottom of page