VOIR

Catherine Raspail

Voir. Regarder. Voir et regarder.
Regarder ou voir.
Le regard glisse ou s’attarde, fixe ou ignore, s’ajuste ou se noie dans le vague.

Voir, et comprendre que le soleil inonde la ville, que la bouche de métro est au bout de la rue, que le trottoir s’interrompt et ouvre sur un parking.
Voir la foule à l’arrêt de bus, le gris d’acier du ciel par la fenêtre, la brume épaisse qui monte du sol humide, l’écran de l’ordinateur qui s’allume enfin et savoir que la journée sera rude.

Regarder le mouvement des arbres qui, souples, plient et dansent sous la force du vent, le défilé des nuages qui glissent d’ouest en est sans jamais s’arrêter, le frissonnement de l’eau qui ondule sous le souffle de l’air chaud.

Le photographe ne voit pas. Il regarde. Il pèse et soupèse la vie en action sous ses yeux, le cœur du monde qui bat, la sève ou le sang qui circulent, la chorégraphie animale qui agite le vivant.
Il regarde et s’intéresse. Ses yeux suivent le film toujours recommencé de la couleur du vent, de la chaleur de l’ombre, de l’éclat aveuglant d’une feuille, du m