LE TEMPS DES PÉPITES

Jeanne Morcellet

Au temps jadis, à travers le long temps, il fut des photographes-documentalistes qui cheminaient, fouillaient, farfouillaient, cherchaient, trouvaient et reproduisaient des pépites oubliées dans des livres enluminés, des galeries amies, des collections d’érudits, des musées de taille et de renommée diverses, des bibliothèques spécialisées. Ils s’appelaient Jean-Loup Charmet ou Jean Vigne… avançaient seuls, infatigables, à petits pas ou à grandes enjambées, le talent et l’appareil argentique en bandoulière. La somme, sans cesse réajustée, renouvelée, enrichie de leurs reproductions de miniatures, peintures, manuscrits, estampes, cartes postales, publicités, images éducatives… leur permettait de tenir à flot une « petite entreprise » d’excellente réputation et sans prétention, une ode à la mémoire, à l’histoire, à la géographie, au savoir et à la vulgarisation. En ce temps-là, en ce temps jadis des Charmet et des Vigne, des personnalités atypiques à la curiosité insatiable et à la culture intrépide, Jean-Loup Charmet se distinguait… par sa distinction. Né à Chartres pendant la guerre, un 1er mai 1940, il avait grandi à Paris, au sein d’une famille bourgeoise éduquée, dans le confort qu’offre l’un de ces grands appartements à la vue imprenable… sur le jardin du Luxembourg. Un père peintre et critique d’art, une mère hongroise, un goût prononcé pour les arts populaires sertis dans une âme de collectionneur l’avaient conduit à voyager en Eur