CONFESSION

Jean-Luc Aribaud

Il y a, en chacun de nous, ces deux sentiments étranges liés à notre rapport au monde : le mouvement et la fixité, le désir de fuite et l’apaisement de l’immobilité. Deux choses dans un même cœur, comme si celui-ci n’avait pas assez de souffrance à se savoir éphémère.
Très longtemps, la photographie a été pour moi ce petit monde en arrêt, ce périmètre rassurant où bataillent les armées du signe. Et j’ai toujours un peu honte à avouer cela : mes boîtes à gâteaux secrètes ont d’abord abrité mille capsules colorées et d’innombrables couches de timbres-poste, avant d’être mes coffres-forts à images. Oui, je fus collectionneur de tout et de rien, coupable, tout de même, de vouloir rassembler en quelques objets dérisoires tout le fourmillement du monde, d’épingler comme un apprenti sorcier l’espace et le temps lui-même. Les photographies ne vinrent que plus tard, lorsque le corps se sachant atteint par je ne sais quelle perdition, voulut, un peu naïvement, poser sa signature. Je découvrais alors ces horizons infinis, ces chemins de traverse où les ornières de la réalité m’attendaient de toute leur traîtrise : en un seul déclic, j’arrêtais le temps, je figeais l’espace et, dans la même seconde, je m’égarais en eux, ne voulant pas admettre que j’étais fait de la même essence et, surtout, de la même indétermination.
À chaque photographie qui se prend, c’est un peu d’ordre gagné sur rien, sur notre incapacité à penser le chaos. Un peu de lumière, quelques bribes d’obscur, ainsi naissent comme de