Né à Villeurbanne en 1961, Youry Bilak baigne depuis sa tendre enfance dans la culture ukrainienne. Il la reçoit de ses parents, réfugiés en France après la guerre.

Très tôt, Youry s’initie à l’art de la danse cosaque ukrainienne. À l’adolescence, son père, qui ne se sépare jamais de son appareil photo, lui transmet sa passion de la photo. C’est à cette époque que le jeune Youry entre lui-même dans la vie active, un diplôme de prothésiste dentaire en poche, et consacre son premier salaire à l’achat de son premier appareil photo.

Parallèlement, Youry poursuit sa carrière de danseur en amateur. En 1983, il part en Ukraine pour la première fois, à Lviv, pour y suivre un stage de danse ukrainienne. C’est le choc culturel, il se trouve là dans une ville où l’on parle la langue de ses parents.

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Intemporels Outsouls

Après avoir réalisé un reportage de six années auprès des Houtsouls (habitants d’une partie des Carpates ukrainiennes) et édité un ouvrage en 2012, Youry Bilak pensait s’arrêter là pour ce sujet, mais en 2013 la providence l’a fait retourner dans cette région et découvrir le petit village de Babyn, dans une vallée où les habitants cultivent leurs traditions ancestrales. Youry, subjugué par ces us et coutumes authentiques et leurs vêtements, dont certains on plus de cents ans, décide de réaliser une série de photos au Polaroid à la chambre grand format. « Je voulais faire un travail de documentation sur la richesse de ces costumes et broderies et qu’au travers du format et du support photographique, on ressente cette intemporalité dans laquelle les Houtsouls de ce village vivent ».

Intemporels Houtsouls, tel est le nom de cette série, interpelle par sa profondeur et place ces femmes et ces hommes dans une vérité que recherche l’auteur au travers de ses images montrant ce peuple habité par l’héritage culturel que leurs ancêtres leur ont transmit.

 

Certaines fois la vie fait des cadeaux, après avoir réalisé ces images, Youry Bilak apprend par hasard que c’est dans ce village qu’est né son arrière grand-père en 1870 !
C’est alors que germe l’idée de retourner sur place, récupérer de vieilles chemises traditionnelles brodées sur du chanvre, trop abîmées par le temps pour être encore portables. Les broderies ont été retirées et offertes à un musée local, ensuite, grâce au savoir de Frédéric Gironde de chez Ruscombe paper mill, un artisan papetier français, des feuilles de papier ont été confectionnées avec ce tissu de chanvre. Mais avant que la pâte à papier ne sèche, une broderie (brodée par des brodeuses locales) y a été placée dans la marge.

Après scannage puis agrandissement des Polaroids (tous des T59 4x5 inch, périmés depuis plus de 15 ans) et en écho avec les années 1870 de l’aïeul de Youry, ces images ont été tirées sur ces feuilles uniques en gomme bichromatée et en quadrichromie. 

Par cette série, Youry Bilak nous offre un témoignage de rencontres chargées d’histoire, entre espérance et crainte devant un avenir incertain. Sa volonté est de nous montrer l’invisible, en restituant une atmosphère revêtant un sens symbolique et inscrit son travail dans la pérennité.