CORRIDOR ELEPHANT établit des partenariats avec d'autres médias culturels ou des mouvements artistiques. Nous avons découvert et aimé le mouvement Transfiguring, nous sommes heureux de vous pouvoir vous faire découvrir sur cette galerie le travail d'artistes qui le compose

http://www.transfiguring.net/

Transfiguring est un mouvement artistique né en 2014. Ses sept membres fondateurs l’ont voulu ouvert à des sensibilités variées, avec pour seule condition d’utiliser la photographie dans le processus créatif.  Comptant désormais treize artistes aux esthétiques très différentes les unes des autres, Transfiguring expose aux quatre coins de la France et multiplie publications et conférences pour promouvoir une approche renouvelée de la photographie contemporaine, amenant parfois cette dernière à s’effacer pour se transformer en autre chose.

Post-photographie pour post-apocalypse

 

Une révolte sourde, une colère tranquille, voilà ce qui se cache derrière le visage juvénile de Willy Bihoreau et derrière sa presque timidité. Il n’est pas un fort en gueule, mais un fort en mots et en images. Le fait de vivre au calme dans la campagne sarthoise ne fait de lui un indifférent à la marche du monde, tout au contraire il est un spectateur engagé qui se désole des catastrophes contemporaines et nous alerte sur elles à travers ses œuvres dont la noirceur va bien au-delà du simple noir et blanc qu’il a adopté pour exprimer sa vision artistique.

Pour parler des grands dérèglements environnementaux qui menacent notre planète, Willy Bihoreau recourt à une esthétique littéralement apocalyptique : une esthétique de la révélation, du dévoilement. Or, pour dramatiques qu’elles soient, les catastrophes écologiques et sanitaires sont rarement photogéniques ou spectaculaires. Personne n’a encore réussi à photographier le réchauffement climatique, au mieux peut-on en saisir certaines de ses conséquences ; de même, les dégâts causés aux cerveaux et aux testicules par les ondes des téléphones sont invisibles. On pourrait en dire autant des radiations nucléaires, des pesticides, des virus ou des bactéries : autant de dangers mortels qu’on ne voit pas.

Dès lors, l’artiste ne pouvant montrer le cataclysme en cours, il se positionne après. La révélation de l’invisible étant impossible, il se place derrière, dans la post-apocalypse donc. La photographie étant l’outil qui enregistre le moment présent, elle ne convient plus à elle toute seule pour montrer le futur, pour dévoiler l’avenir. L’image, la vision, ne peut pas être saisie, elle doit être construite, composée, et ce faisant, ce n’est plus le processus de la destruction qui est mis en scène mais son résultat, qui s’apparente souvent à un champ de ruines.

Au service de cette vision qu’on qualifiera aisément de dystopique, Willy Bihoreau convoque son talent de dessinateur et de peintre, ses compositions procédant toujours d’esquisses préparatoires, et son talent de mixeur acquis à la cause de l’échantillonnage. Nul besoin d’être photographe pour faire de la photographie lorsque cette dernière invente au lieu de restituer. On prend des morceaux de clichés, on désosse les images des autres pour n’en conserver que les pièces détachées utiles à son propre chantier de construction picturale. Le résultat est une subtile hybridation tant des techniques que des éléments, avec un rendu troublant qui évoque aussi bien les photographies de guerre du milieu du XXème siècle que les projections en réalité augmentée issues des bureaux d’ingénierie, les peintures de Giger ou de Beksiński que l’imagerie de la propagande altermondialiste. En utilisant la photographie dans son processus de composition, Willy Bihoreau active chez le spectateur le mécanisme de la reconnaissance et de la réminiscence, ce qui confère une puissante sensation de vraisemblance à ses images qui nous parlent pourtant d’un monde non encore advenu.

 

Georges Dumas