Mons Sancti Michaeli in periculo mari

Intrusion leucogranitique de 7ha due à l’érosion, le Mont trône au milieu de sa baie, soumise au plus fort marnage d’Europe.

Ce lieu dégage une énergie particulière. Peut être faut-il avoir passé de longues heures dans ses escaliers en hiver et marché dans la tangue depuis le Bec d’Andaine pour être totalement épris de ce labyrinthe ?

Il fut le Mont Tombe dédié a un dieu païen, puis christianisé par des ermites, avant d’être habité par des villageois qui traversèrent les sables  pour fuir les vikings.

En 710, il est rebaptisé   « Mons Sancti Michaeli in periculo mari »  : « le Mont Saint Michel au péril de la mer » citadelle de pierre protégée par la marée « montant à la vitesse d’un cheval au galop ».

En 1000, il est nommé « cité des livres », devient une forteresse pendant la guerre de 100 ans. Constructions et déconstructions se succèdent « Notre-Dame sous terre » se transforme en abbaye de style gothique.

La Bastille des mers de 1622 devient prison pour les prêtres réfractaires à la révolution et ne deviendra un monument historique en perpétuelle restauration qu’en 1874 avec la création d’une digue-route permettant l’accès direct.

Le nouveau barrage sur le Couesnon ( 2009 )  et pont-passerelle de l’architecte Dietmar Feichtinger (2014) sont destinés à rendre son caractère insulaire au Mont désormais classé par l’UNESCO.

Étape des chemins de Compostelle du nord abritant une petite communauté religieuse, il conserve aujourd’hui son caractère spirituel malgré les 2,5 millions de visiteurs annuels.

Toutes ces strates architecturales sont visibles quand on y prête l’œil. Ou commence le mur et ou finit le rocher ? Ils sont tellement imbriqués que parfois on ne sait plus lequel soutient l’autre. Cette tour effondrée est-elle le vestige des premiers remparts ? Parfois il est préférable d’ignorer l’histoire et de laisser son imagination vagabonder à la rencontre des villageois effrayés, des prisonniers dans leurs sombres cachots et de la fée des Grèves qui court le long de la mer.

L’infrarouge et le noir et blanc donnent un caractère un peu irréel a des lieux sur photographiés et sur carte-postalisés. Il me semble parfois que les âmes de ceux qui ont traversé la baie avec des matériaux de construction sur le dos flottent encore à la cime des arbres.