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Fille d’artistes musiciens, Rhéa ShirUdo est née dans le Nord de la France en 1983.

Elle embrassa très tôt la vie artistique en devenant chanteuse et auteure, s’essayant à divers instruments ainsi qu’à la danse.

Dans une tentative de « rentrer dans le rang », Rhéa abandonna l’art pour devenir clerc d’avocat durant de nombreuses années ; elle fut rattrapée par la créativité en découvrant la photographie et en devenant modèle photo et modèle vivant.

Rhéa s’est formée de façon autodidacte à la photographie lorsque l’un de ses photographes lui vendit son boitier, et a rapidement décidé de faire de sa passion son métier.

Depuis 5 ans, elle exerce la profession de photographe, principalement auprès des particuliers, ce qui lui offre l’opportunité au quotidien d’exprimer sa profonde empathie et son amour pour autrui.

Mère de deux fils et d’une petite fille née sans vie, Rhéa n’a pas renoncé à ses travaux artistiques, qu’elle met en œuvre principalement sur elle-même grâce à la technique de l’autoportrait. Son œuvre présentée ici est née de la perte de l’enfant et de ses conséquences sur la vie, le corps et l’estime de soi.

S’inspirant de la vie et de son lot d’embuches pour créer, Rhéa travaille actuellement sur la maladie de Charcot et l’enfermement dans le corps, et projette pour cela de joindre la vidéo, la photographie et les techniques de sculptures.

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Autoportraits à la Nature morte

L’exercice de l’autoportrait consiste à se connaître et se mettre en lumière. Ainsi et comme bien souvent dans la photographie d’humain en général, et le nu artistique spécifiquement, il s’agit de mettre en valeur ce qui peut l’être et d’amoindrir ainsi ce qu’on estimerait être des défauts.

Il est périlleux pour chacun de nous, sans même parler de s’accepter, simplement de se regarder, faire le constat objectif de qui l’on est : l’espace que l’on prend, la forme et la densité de sa chair, les marques de la vie et du temps. Affaissement, vergetures, césariennes, nous autres femmes portons les stigmates de notre condition de génitrice.

Modèle et autoportraitiste depuis plusieurs années, je connais mon corps. Ou plutôt, je l’ai connu, jusqu’à ce qu’une tempête le ravage : la mort de mon enfant à naître.

J’ai commencé les autoportraits à la Nature morte comme des vanités picturales à la mémoire du corps de mon enfant perdue, choquée par son immobilité, son immaturité et l’éphémère de sa beauté. Le temps faisant son œuvre sur la douleur, qui de cuisante devint sourde, j’ai recentré la série sur les marques du temps, la fugacité, la transformation, l’arrogant et impossible rêve que nous faisons d’être immuables lorsque nous sommes enfin heureux.

L’envol des vanités me semble désormais être le point de départ de l’acceptation. L’acceptation d’un ventre qui n’a pas su garder en vie, d’une poitrine qui n’a pas nourri, des marques de mon état de mère, de cette vérité : tout passe, tout s’éteint. La jeunesse, la fleur, l’animal, l’arbre, la vie.