Loïc Le Loët est né en 1961 en Gironde. La nature, l'eau, les oiseaux et un constant appétit pour la lecture l'ont un temps beaucoup plus intéressé que sa scolarité... jusqu'à sa rencontre avec la photographie. Formé à l'ETPA, il en sort diplômé en 1987 puis intègre rapidement le laboratoire Picto, rue Delambre à Paris. Là, au contact de grands photographes, il forme son œil au meilleur d'une image rigoureuse et exigeante. Développements, et tirages en noir et blanc : à cette éducation tant au photojournalisme qu'à la photographie d'art, il joint bientôt une remarquable maîtrise du travail en laboratoire. Le fond et la forme :  en 1991, il intègre l'agence Vu Distribution et, dans le même temps, ses premières photographies sont incorporées aux archives de la Bibliothèque Nationale. À partir de 1992, parallèlement à ses travaux de recherche personnel, il collabore régulièrement avec le quotidien régional Sud-Ouest tout comme avec la presse nationale et internationale par l'intermédiaire de Vu.

 

À partir 1999, ses photographies jusque là marquée par une approche contemplative des espaces urbains ou ruraux commencent à s'orienter vers le reportage humaniste, en empathie constante avec les plus vulnérables.  Ses portraits noir et blanc de patients internés dans les asiles psychiatriques de Roumanie frappent alors par la juste distance et la dignité qu'il sait trouver à l'égard de chacun, à l'intérieur de son sujet. De dix mois passés en Palestine, il rapportera également un reportage au long cours permettant de mesurer la violence quotidienne subie par les populations de la bande de Gaza, Jenine et Ramallah. Ce témoignage intègre sera exposé à la Maison Robert Doisneau de Gentilly avant d'être incorporé au fonds Doisneau et sera également présenté au Musée des Armées (Invalides). Concernant les zones de conflits, il documentera également le conflit entre la Géorgie et la Russie, en 2008.

 

Au gré des voyages, le photographe des explosions de violence n'oublie cependant pas ce qui a toujours irrigué ses images : capter les germinations lentes. Durant ces années, il s'attachera à suivre le travail des derniers paysans de Roumanie, du Portugal et de France continuant à vivre en marge de l'agrochimie. Une approche mémorielle qui se concrétise alors dans un autre domaine par un travail qu'il est le premier à réaliser : une somme de portraits noir et blanc des anciens combattants marocains, entre 1999 et 2001,  qui lui vaudra une commande -noir et blanc et couleur en relation avec la Cité nationale de l'histoire et de l'immigration.  

 

Symbole même de la rencontre entre l'écoulement du temps et l'action humaine, le fleuve ne peut que retenir son attention, aussi. Cela donnera une monographie sur la Garonne, en 2013, dans laquelle il s'intéresse à  la profusion végétale qui s'est emparée des rives, racontant au delà l'action disparue de l'homme. Un livre de photographies noir et blanc sur la station balnéaire de Contis, dans les Landes, suivra en 2016. En parallèle, mais en couleur cette fois, il entame dans les Pyrénées une série sur l'eau, travail qui le conduira à une résidence d'artiste à Schwandorf en Bavière. Suite à un déménagement le photographe réside désormais à Saint-Macaire en Gironde, village qu'il photographie.

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Suite à un déménagement, je me trouve dans une petite ville fortifiée en bord de Garonne. Lorsque je me promène en quête de photographies, je suis la plupart du temps  bordé par les hauts empilements de pierres. Promontoires des habitations, me cachant autant l'horizon que leurs secrets. Cette atmosphère pour tout décor  me rappelle une part de mon enfance où petit, à la campagne, mon regard butait sur les murets qui délimitaient les champs. 

 

Là dans ces étroites ruelles à frôler ces murs, je retrouve des images, des ambiances et j'ai l'impression  qu'inconsciemment, je cherche ces souvenirs parsemés de zones d'ombre qui ont jonché les premiers pas de ma vie. Ainsi la plupart de mes photographies concentrent la violence de la lutte que jouent l'ombre et sa lumière.

 

Loïc Le Loët