EN EXPOSITION DANS CE NUMÉRO :

« Paroi qui n’est peut-être faite Que de l’absence
De réponse aux questions.

Alors entrer
Dans une absence ? » Eugène Guillevic in Paroi

C’est comme si quelque chose ne passait pas, ne se passait pas... Une immobilité surréelle, un silence assourdissant, une catastrophe ancienne ou imminente, des hommes et des femmes, oui, mais rassemblés sur les plages ou canalisés, anonymes, dans des flux, couloirs, escalators... D’autres sont au travail semble-t-il derrière des cloisons vitrées.

Le décor est planté pourtant. La mise en lumière est réglée, pas un accessoire ne manque, le ménage a été fait, les éléments de mobilier sont en place – bureaux, sièges, écrans, plantes vertes. Où sont passés les acteurs dans ces espaces inoccupés ?

Le choix des images n’est pas fortuit, mais reconnaissons aux photographies cette première qualité, celle de la mutité ! Ne dit-on pas qu’elles parlent d’elles-mêmes, en silence bien sûr ? Peut-être pour inciter ceux qui les regardent à prendre la parole... Allez savoir !

Ces images prélevées dans mes archives ont ceci de commun qu'elles donnent presque toutes à voir des espaces de travail ou de villégiature destinés à s’assembler, les éléments de la scénographie – sièges, bureaux, écrans – sont en place, semblent attendre. En coulisse, les étagères, les réseaux informatiques.

Les plages estivales – et ce n’est pas le moindre des paradoxes – feront le plein comme toujours, car l’homme est un animal grégaire, il ne peut vivre vraiment seul même s’il semble souffrir le reste du temps d’une trop grande promiscuité dans ses conditions de vie au travail dans les open spaces standardisés ou dans ses trajets dans les transports en commun.

Commun ! Ordinaire, partagé...

Comptons sur les humains armés de leurs différences pour animer le décor ainsi posé et le transformer en un espace de sociabilité. Car les humains font des assemblages de sons, des assemblages de mots, des assemblages d'objets comme le raconte si bien Philippe Dujardin, politologue et chercheur dans son livre « La Chose publique ».

 

LF