LORIE

LAETITIA BISCHOFF

C’est un portrait en buste d’une femme de trois quart, le menton penché. Sa figure est emprunte de pudeur avec un soupçon de sourire en coin, les restes d’yeux enjoués. Elle est en costume de travail, on ne voit pas ses cheveux, sa combinaison blanche englobe son crâne et tout son corps avec. Elle a aussi un tablier blanc et épais et sous son visage, sur ce tablier, est inscrit en lettre manuscrites, Lorie. Oui Lorie m’a bluffé. Avec son teint presque rosé, sa jeunesse fatiguée et son métier qui l’encadre, voilà une image qui m’est restée gravée. 

Stéphane Lavoué en est le photographe. Il est parti en pays Bigouden en restant à terre, voir et prendre en capture ses milliers d’êtres humains employés de la pêche sans toucher à la mer. Stéphane Lavoué a eu une enfance d’expatrié puis est devenu ingénieur avant que la photographie ne l’attrape par le bout du col et qu’il en fasse son métier. Il a portraituré Vladimir Poutine mais aussi de nombreux personnages de la vie politique française, quelques starlettes du petit écran et tous les membres de la Comédie française. Derrière son objectif, les anonymes ont la trempe des visages connus. Chaque visage a un creusé, une matière, une posture à soi. Stéphane Lavoué portraiture en extérieur aussi, comme en mise en scène, les Japonais au travail, les hommes indiens gays dans leurs univers, le Vermont et ses agriculteurs. Ce sans-racine sait sortir chacun de son quotidien pour faire des visages et restituer des vécus en un espace pictural d’expression sensible. 

Une histoire, un film semble s’amorcer à chaque photo, chaque portrait fait transpirer une ambiance, donne un avant-gout de scénario, un ton émotionnel.  Stéphane Lavoué est un fabriquant d’icônes et Lorie représente toutes ces poissonnières, découpeuses, employées de l’agroalimentaire. Elle est telle un nouvel archétype de Bigouden, avec retenue et costume, comme ses prédécesseures d’un autre temps.

 

Site de l'artiste : Stéphane Lavoué