PAYSAGES INCANDESCENTS​

LAETITIA BISCHOFF

L’extraction terrestre des paysages de Jan Bernhardtz est une affaire de dissolution à l’acide. Les buis sniffent du souffre, les pavés se gorgent de mercure, les veines du ciel se droguent de chlore. Les parois brûlent, les routes se préparent à devenir gaz. Le grain photographique englue la matière. Les contrastes badigeonnent le réel capturé en vue de sa reconversion. 

 

 Une goulée d’épice pure, un piment dans le fil des images. Jan Bernhardtz force, fonce ; chacun de ses sujets recherche l’absolution, l’assomption, en passant dans l’atelier photo, en faisant de sa chair un feu, ses pores criant pour une apesanteur à venir. Le photographe effectue des aller-retours, de la caverne à l’éther, il détient un élixir pour changer la substance des choses et des êtres. Se distancer d’un sol lourd, c’est penser aux nuages tout en  détricotant la pesanteur. 

 

Le travail du photographe argentique est proche de celui du cuisinier : tout d’abord découper le réel,   le sortir de sa capsule, de sa pellicule, mettre quelques secondes à la lumière comme en pleine eau bouillante, passer dans l’eau froide puis la sauce révélatrice, laisser reposer, sécher. Alors normalement vous voilà avec du cuit : une image chaude de grains, de noirs bienveillants. Chez Jan Bernhardtz, malgré tout ce procédé, le cru subsiste, comme si l’artiste ne voulait pas sauver ses sujets mais plutôt les maintenir dans une tension créée par ses soins. Alors les teintes gardent le tranchant de la lame du cadrage. Les lignes soupirent, les voici dotées d’une nouvelle poussée, de celle qui les tire vers un ailleurs tout en les saignant.