DRÔLES D’OISEAUX - KIKI SMITH

JEAN-PAUL GAVARD-PERRET

 

Fille du sculpteur minimaliste Tony Smith et de la chanteuse lyrique Jane Lawrence, Kiki Smith (née à Nuremberg) fut très marquée par les premiers ravages de l’épidémie du sida. Depuis son oeuvre témoigne de l’importance du corps. Elle s’attache directement ou à travers ceux des animaux à souligner la force et la dérision du vivant. Elle le résume ainsi : « Le corps est notre dénominateur commun et la scène de notre désir et de notre souffrance. Je veux exprimer par lui qui nous sommes, comment nous vivons et nous mourons ».

 

L’œuvre de Kiki Smith témoigne de l’importance du corps. L’artiste s’attache à souligner la force et la dérision de l’organique humain. Elle montre déjà le mystère et la vulnérabilité de la chair. Elle explorer des parties du corps : main, appareil digestif, bassin, foie avec des matériaux tels que le tissu, le papier, le verre et la céramique puis s’oriente vers la sculptures.

 

Pour elle, le corps quel qu’en soit la nature et le genre est le reflet des passions et des souffrances de l'existence. Il reste la base d’une sculpture bien éloignée du travail abstractif de celle de son père (. Au minimalisme de ce dernier fait place l'anatomie humaine et le monde naturel. Mais si les sculptures, photographies et gravures de Kiki Smith abordent les thèmes du corps (de la femme) et de la nature (les animaux) elles réinventent tout autant les mythes et les contes de fées à partir de perspectives féminines.

 

Avec «Catching Shadows» Kiki Smith ouvrait à la béance oculaire. Les deux orbites "disent" la prise du spectateur dans un regard qui devient le confident de ses opérations les plus secrètes soumises à des stéréotypes qui gardent la vie dure. A ce regard il manquait jusque là le poids de la mort : l’artiste lui accorde. Il ne peut plus se contenter de passer d'un reflet à l'autre. La mélancolie transcendantale qui s'exprime semble de nature à traverser la vision du spectateur jusqu'à atteindre un arrière-oeil,un arrière monde : peut-être celui du royaume des morts.

 

Kiki Smith explore de manière ludique le monde humain et animal avec un humour qui fluidifie une certaine brutalité et pimente l’innocence venues des légendes. Surgit un monde onirique à travers divers médiums mixés (dessin et gravure, photographie et collage, bronze et porcelaine) entre autoportraits et effigies mystérieuses en sculptures de bronze et dessins d’oiseaux « passeurs d’âmes ».

 

Le volatile lui permet d’évoquer une intimité errante. Il lui permet de présenter des images à la fois les plus anciennes et les plus neuves. Elle rappelle ce qui unit et désunit le corps en refusant d’effacer ce que la vie sécrète et ce que la mort dissout. Il faut donc accepter la confrontation avec la proximité outrageuse des oiseaux. Ils remplaces les crânes de ses anciennes « catrching views ». D’où la questions ces présences est-ce vraiment des oiseaux ? Est-ce vraiment nous ? Reste leur « Passion » au sens christique mais détourné du terme. Il se superpose au formidable cortège humain. Kiki Smith rappelle à travers eux que nous sommes ses égarés provisoire au moment où à l’inverses des volatiles notre foule est de plus en plus compacte.

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