En recherche constante de transformations intérieures, je plonge avec délectation dans les matières organiques où toute métamorphose peut s’opérer. L’expression artistique m’apparait comme un fil d’Ariane que je déroule pour être au plus proche des hommes et des femmes que je photographie; ces rencontres m’aiguillent vers ma propre essence. Je mets en scène un dialogue sensible entre la peau et ces matières soigneusement choisies afin de servir l’émotion, motrice de ma démarche créative. L’humain se situe au coeur de mon travail, l’épiderme devient alors une texture vibrante et le support d’une narration, le corps, un révélateur de notre rapport à l’intime et une dimension de notre identité.

___________

La peau et le sable.
Seuil de notre corps physique, la peau converse avec le sable, lisière entre la terre et la mer. Ils se répondent en métaphores. Ces deux frontières deviennent alors des zones de contacts, de rencontres. Leur dialogue éphémère et sensuel dessine une temporalité circulaire, inspirée des cultures orientales. Résister à Anitya, l’impermanence en sanskrit, est selon le bouddhisme une cause de souffrance. L’espace temps est mouvant. Ses cycles invoquent le mythe du Phénix : éclosion, transformation, passage, dissolution, puis renaissance.

Eternel voyageur, le sable évoque l’individualité humaine; de l’infiniment grand à l’immensément petit, tous semblables mais tous uniques.... Dans ses amas, il devient abondance ; dans sa légèreté il coule, fluide, sur la peau telle une pluie insaisissable; purificateur il est abrasif comme le feu.

Tour à tour atout magique des yeux de l’enfance pour le marchand de sable, matière pour l’alchimiste, instrument de création pour les bâtisseurs d’utopie et leurs châteaux, s’écoulant dans l’isthme du sablier franc-maçonnique, il est emblématique du passage de l’état de profane à celui d’initié...

Symbole de tous les possibles, le sable porte en lui la promesse d’un éternel changement, il image un horizon sans fin.