J'ai grandi dans un lotissement de 500 âmes développé en périphérie belfortaine au début des années 80. Je réside ensuite vingt ans en centre-ville à Saint-Étienne avant de m'installer aux alentours de Clermont-Ferrand. Ma jeunesse passée dans un ensemble pavillonnaire est une des sources majeures de mon intérêt pour les zones périurbaines. 

Résidents du tiers espace* est le début d'une chronique territoriale. Ce travail porte sur ces espaces ni vraiment urbains ni vraiment ruraux, traits d'union émiettés entre la ville et la campagne. Il invite tout un chacun à s'interroger sur les migrations de zones urbaines vers les zones périurbaines, leurs conséquences sur les modes de vie, les mobilités et l'environnement. 

Ces photographies proposent une réflexion sur ces résidents du tiers espace et la manière dont une ou plusieurs familles s'approprient une surface de terre. Absents des images mais perpétuellement suggérés, ils se révèlent des héros anonymes et invisibles. Ceux de l'histoire d'un espace peu défini, en constante mutation.

 

Je tends à restituer une réalité authentique. Cette démarche peut s'apparenter au registre documentaire. Si les images semblent dépouillées, épurées voire austères, la richesse des détails met en avant les rapports paradoxaux de l’homme d'aujourd'hui avec son environnement.  

 

Le choix de petits tirages oblige le visiteur à un examen attentif. Celui-ci engendre un lien intime, une proximité entre le spectateur mis en situation de héros anonyme et invisible, la photographie et le photographe. Lors des expositions, comme la haie ou la palissade, le cadre pose la limite entre le dedans et le dehors, offrant l'espace d'un instant l’expérience d'une apparente tranquillité.

* Titre tiré d'une étude du géographe Martin Vanier : Qu'est-ce que le tiers espace ? Territorialités complexes et construction politique, Revue de Géographie Alpine, année 2000.

Résident du Tiers-espace

« Franc et éloquent » Brigitte Patient, France Inter.