CORPUS

GEORGES DUMAS

 

Certains artistes se distinguent par un style, une esthétique qu’on retrouve dans à peu près toutes leurs œuvres. D’autres se reconnaissent à leurs thèmes qui reviennent sans cesse et constituent le soubassement d’un imaginaire particulier. VAM appartient plutôt à cette seconde catégorie, même si c’est un thème unique qui guide ses réalisations artistiques : l’identité féminine.

Identité est un mot singulier qui recouvre une pluralité de significations et d’interprétations à peu près inépuisable. La femme n’est pas ceci, la femme n’est pas cela, elle est ceci et cela, et cela d’autre encore, en même temps, alternativement, successivement, exclusivement. Objet d’étude et sujet de réflexion dont il est vain d’espérer faire le tour. Une œuvre ne saurait y suffire, en revanche un œuvre peut commencer à y parvenir. Un œuvre, ou un corpus d’œuvres.

Corpus est justement le titre d’une des séries phares de VAM. Un titre ambigu, qui en français signifie recueil ou ensemble de pièces, de documents, et qui en latin est le mot qui a donné corps dans notre langue. Alors : corps ou ensemble ? ou ensemble de corps ? Certainement un peu des deux, tant cette série qui met en scène le corps féminin constitue également un moment charnière dans la carrière de l’artiste, une sorte d’agrégat de plusieurs explorations précédentes qui ouvre la voie à de nouvelles expérimentations. On y retrouve le rouge bien sûr, le rouge du sang, le rouge du désir, le rouge de la révolte. Un rouge qui donne sa couleur à la série comme à d’autres avant elle, presque une marque de fabrique. Le corps est évidemment au cœur des compositions de Corpus, un corps démonstratif, triomphant parfois, dans des postures dynamiques ou statiques, solennelles ou impudiques. Un corps et rien qu’un corps, miroir lisse et vierge des fantasmes et des blessures, sans visage identifiable qui détournerait l’attention du regardeur. On retrouve enfin la thématique de la déchirure et de la suture, sous la forme de fissures et d’agrafes virtuelles en lieu et place du fil de soie rouge qui recousait des pans photographiques entre eux dans certaines œuvres précédentes.

Corpus est aussi pour VAM le point de départ d’un nouveau rapport à la photographie. Cette dernière devient matériau pictural, élément de composition, et perd son autonomie première pour s’inscrire dans une démarche plasticienne plus vaste. La photographie devient trace, une trace certes structurante puisque la composition s’appuie sur elle pour se déployer, mais une trace qu’on pourrait confondre avec du dessin ou de la gravure. La main de l’artiste tient un pinceau numérique qui place l’œuvre dans un authentique geste pictural tandis que les collages, notamment ceux qui dissimulent les visages, s’apparentent à ceux de la veine surréaliste, créant de curieux monstres qui captivent le regard. En donnant un titre de personnage archétypal à chacune des pièces de la série (La Veuve, La Prêtresse, La Guerrière, etc.), VAM achève de nous livrer sa mythologie personnelle à travers des figures fortes qui sont autant de facettes de l’identité féminine, objet de son insatiable exploration.

 

Photos : VAM, La Voleuse, La Prêtresse, La Nomade

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