Née à la ville de Mexico en 1980 Fernanda Sánchez-Paredes commence sa carrière comme reporter à l’agence Cuartoscuro et travaille ensuite pendant huit ans (2003-2010) à la restauration des archives du photographe Gabriel Figueroa auprès de son fils, Gabriel Figueroa Flores. C’est dans cet atelier de numérisation et d’impression photographique qu’elle va apprendre les techniques anciennes et aussi la giclée (impression à jet d’encre haute définition) avec laquelle elle développera la plupart de son travail.

Diplômée de la Faculté de Beaux-Arts à l’Université nationale autonome du Mexique, Fernanda a été professeure de Théorie de l’image pendant plus de dix ans dans cette université. En 2008 elle obtient la bourse Jeunes Créateurs au Mexique et une résidence d’artiste au Banff Centre for Arts and Creativity au Canada. Cette même année elle intègre la Galería de Arte Mexicano, depuis 2010 elle participe à la Foire d’art contemporain de Mexico, la Zona Maco.

Elle vient à Paris grâce à une bourse pour étudier une année (2010) à l’École nationale des Arts Décoratifs et participe dans différents projets et expositions principalement sur le paysage en collaboration avec d’autres artistes à Paris.

En 2017 ses recherches sur le paysage de la Beauce ont été présentées dans le cadre d’une résidence d’artiste au Lycée agricole de Chartres (28). En 2018 elle a répondu à une invitation du SIVOS et SPRAY diffuseur culturel à proposer une vision sur le Pays Mélusin (54) et à la présenter au centre d’art contemporain Rurart. Ensuite elle a fait partie des artistes en résidence à Pollen, Monflanquin (47) dans le sud-ouest de la France. Plus récemment elle a approfondi ses recherches sur la transition du paysage dans le cadre des résidences aux Fours à Chaux dans le Jura Suisse. Actuellement elle vit et travaille à Paris.


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Arquitectura reciente ( architecture récente )

L’espace était traité comme un mort, un fixe, un non-dialectique, un immobile. Le temps, au contraire, était richesse, fécondité, vie, dialectique. Michel Foucault

Presque dix ans se sont écoulés depuis mon arrivée en France. Dix années au cours desquelles j’ai assisté à de nombreux changements, autant au niveau personnel qu’au niveau professionnel, peut- être c’est la raison pour laquelle je m’identifie autant à ces lieux en transformation constant : les chantiers. Peu importe la latitude, un chantier est avant tout un lieu riche d’événements, fragile et en métamorphose.

Dans les images ici présentées les chantiers sont en train de se transformer au sein d’une ville elle- même en pleine transformation, il me semble possible de convoquer dans ces lieux toutes les temporalités possibles. Ces transformations sont toutes récentes et la photographie permet de les garder comme un « mouvement suspendu », lorsqu’on regarde ces images les chantiers n’existent déjà plus sous cette forme. L’apparence de ces lieux est très susceptible de varier rapidement au coursdes jours qui suivent : ces chantiers enferment un temps présent, un temps passé et un autre qui s’approche.

« Habillés » par des bâches poreuses qui se laissent traverser par la lumière, bougeant parfois en harmonie avec le vent, ces bâtiments prennent l'apparence d'énormes bêtes comme s’il s’agissait du bestiaire d’une ville (photographie no. 10 Maisons-Laffitte). Souvent ces bâches laissent glisser la pluie : une fois mouillé, le chantier change alors de couleur et d’aspect des pieds à la tête, le mouvement des nuages crée des effets fluctuants de lumière, tombant avec des angles variables sur sa surface verticale (photographie no. 02 Rue Florian). Tout bâtiment en chantier, que ce soit une église, une cathédrale, un château, un musée ou un immeuble, dans leur quiétude ils acquièrent alors une sorte de vie et peuvent devenir une architecture vivante.

En prenant comme point de départ capturer ce « mouvement suspendu » je souhaite réfléchir à une image à la fois dynamique, comme celle du cinéma, et une image statique, comme celle de la peinture. Mon travail est toutefois éloigné de toute volonté de mise en scène, je privilégie au contraire l’action, dans le souci de respecter la spontanéité et la rencontre avec chaque chantier.

Fernanda Sánchez-Paredes

« La photographie, en tant que production d’images conventionnellement belles, ne m’intéresse pas,

et non plus en tant qu’expression d’une idée préconçue par le photographe – c’est-à-dire, une photographie instrumentale, absolument sûre d’elle-même. Ce qui m’intéresse dans la photographie c’est ce qu’elle a d’essai, de pratique à travers laquelle une personne apprend quelque chose de nouveau sur le monde ou sur elle-même. La photographie de Fernanda Sánchez-Paredes appartient à ce genre de l’essai. Son regard ne se complaît pas dans des lieux communs, ni n’impose une conviction cherchant à nous persuader. Chaque image nous est offerte comme le registre d’une trouvaille personnelle, comme le document d’une intuition localisée. »

Daniel Saldaña Paris, écrivain.