THIBAUD YEVNINE

Thibaud Yevnine est né en 1981 dans le Sud de la France, pas très loin de la montagne Sainte-Victoire, pendant l’été, là où les odeurs de pins sont les plus fortes.
Enfant il se consacre à la pêche à la ligne ; la nuit, tandis que les prises sont plutôt rares, il a de longues conversations avec un autre pêcheur, adulte et enseignant d’art plastique. Ce pêcheur lui apprend, sans vraiment chercher à le faire, les rudiments de l’art.
Plus tard, à l’âge de 18 ans, il s’engage dans une carrière de livreur de pizza. Quelques trois ans après, abandonnant cet emploi lucratif, il vit à Lima, au Pérou, où il lit et écoute les classiques de la littérature et de la musique. Notamment Jack Kerouac et John Coltrane. Il fait ses premières photos dans les Andes et photographie principalement des chiens errants, des hommes debout dans le bus, et une femme nue assise sur une table en bois.
De retour en France il étudie les Lettres Modernes et les Sciences du Langage à l’université. Il découvre les principes du socio-constructivisme et d’une pédagogie alternative, basée sur les besoins de l’enfant et non sur la quantité des connaissances à transmettre. Suite à ses études il enseigne la littérature en France et en Afrique (Mozambique et Côte d’Ivoire), en collège et en lycée.
Aujourd'hui il vit et travaille à Marseille.
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J’ai commencé la photographie sur des routes encombrées de poussière au Pérou. J’avais 20 ans et j’étais muni d’un petit réflex, un boitier très simple, léger. J’ai photographié ensuite en République Dominicaine, où j’ai passé deux séjours de trois mois, puis en Argentine, en Europe (en Ecosse notamment). J’ai aussi fait de nombreuses photographies chez moi, dans l’enceinte calme du jardin, près de la Sainte-Baume, à Saint-Maximin.
C’est quand je suis allé en Afrique (je venais d’avoir trente ans) que m’est venue l’idée de photographier avec une chambre. J’étais au Mozambique et je continuais à photographier avec un petit reflex 24x36. Mais peu à peu, au long de ce séjour de neuf mois, m’est venue l’envie de plus de proximité avec les gens ou les choses, de plus de lenteur, et de la médiation du monde par l’intermédiaire d’un objet (la chambre) posé sur un pied.
Je suis parti quatre ans plus tard à Abidjan avec une chambre 4x5 inches, très simple et légère (une Graflex Crown Graphic). J’avais aussi un appareil numérique. Je suis resté quatre mois dans la mégalopole de l’Afrique de l’Ouest. Je faisais quelques photos à la chambre et quelques-unes en numérique ; J’étais dans la préconscience de ce que je voulais, de ce qui allait suivre ; mais il manquait un évènement pour clarifier tout cela.
C’est devenu clair quand j’ai dû rentrer en France de manière brutale, pour me faire soigner des graves conséquences d’une crise de paludisme. J’ai passé les six mois suivant en France, dans une extrême lenteur, celle de la convalescence. J’ai pris conscience de ce que je décrivais plus haut : il me fallait absolument tout ralentir ; il y avait trop d’images, en général, et je ne trouvais plus de sens dans ce foisonnement. Je regardais les livres reproduisant des peintures de Jean Siméon Chardin. C’était en 2016. Depuis je n’ai plus photographié qu’à la chambre.
Je photographie ce qui m’appelle, la musique d’une table, de trois cerises, d’un espoir que j’ai. Mon appartement à Marseille, mes marches dans les Cévennes, faisant écho, quinze ans plus tard, à mes marches dans les Andes. J’ai photographié en Aveyron une papaye sur un mur de pierre rose.
Enfin il me fallait, pour être cohérent avec ma démarche, trouver un type de tirage qui lui aussi est dans le ralentissement, dans la rareté, dans l’épure. C’est pour cela que j’ai choisi de faire tirer mes plans-films en palladium. Les photographies présentées sont des tirages faits par contact à partir de négatifs 4x5 inches (10x12 cm) sur un papier japonais (Tosa), enduit d’une solution photosensible de palladium. Cette tchnique de tirage permet, entre autres, une finesse exceptionnelle des tons et des nuances, une couleur brun-chaud, et une longévité à priori sans limite.
Thibaud Yevnine

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