STEPHANIE POMMERET
Materia Prima : Transcriptions corporelles
Photographe, artiste plasticienne et mère de quatre enfants, j’interroge à travers mon travail la place et la visibilité du corps maternel dans notre société. Avec mon projet Materia Prima : Transcriptions corporelles, je pose un regard engagé sur les cicatrices de césarienne et les marques de grossesse — un pan de l’anatomie féminine quasi systématiquement effacé de l’iconographie contemporaine. Ce que les normes visuelles s’acharnent à lisser sous le signe de la pudeur est pourtant la trace vivante d’une transformation, d’une mémoire et d’un parcours de vie.
Pour dépasser le simple enregistrement documentaire, j’ai mis au point un protocole plastique singulier qui mêle photographie, altération mécanique et pratique textile. Les clichés de ces corps marqués sont d’abord transposés sur des supports pauvres issus d’imprimantes et de photocopieuses. Ce passage par le papier casse le lissé numérique, introduit du grain et apporte une texture brute qui rappelle la fragilité d’une archive intime.
C’est sur cette surface mécanique que mon geste intervient de manière quasi chirurgicale. Je brode directement le papier au fil d’or, en suivant le tracé des cicatrices et des vergetures. Ce travail s’inspire du kintsugi, cette philosophie japonaise où la réparation ne cherche pas à dissimuler la fissure d’un objet, mais choisit au contraire de la sublimer pour en raconter l’histoire.
En réinvestissant la broderie — une technique manuelle historiquement reléguée au cadre domestique —, j’en fais un outil de réappropriation et un héritage matrilinéaire puissant. Chaque point traversant le papier transforme une marque subie en un ornement précieux. En rephotographiant ces œuvres textiles modifiées, je cherche à changer notre regard sur la corporéité féminine : le corps des femmes n’y est plus présenté comme un objet passif, mais comme un territoire de résistance poétique et politique.
Mon travail s’inscrit dans une pratique engagée et ancrée dans le réel. J’interviens régulièrement dans des contextes sociaux sensibles, comme les milieux hospitaliers, les prisons, les centres de soins psychologiques ou les associations pour les femmes. J’ai été invitée en 2019 et en 2024 à Bienalsur (Biennale internationale d’art contemporain d’Amérique du Sud), et ma démarche bénéficie du soutien de nombreuses institutions, dont le ministère de la Culture, le CNAP, la DRAC Bretagne, l’ADAGP, l’Académie des beaux-arts, la Région Bretagne et le Conseil départemental des Côtes-d’Armor.
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