NATHALIE BAUER

Je suis photographe professionnelle depuis quinze ans, d’abord à Londres où j'ai travaillé dans le milieu de la presse, puis en France depuis 2015, où j’ai été notamment photographe officielle de l’Elysée en 2016-2017. C’est une position privilégiée que de pouvoir assister aux images médiatiques en train de se faire et mon travail personnel depuis plusieurs années se rapproche plus de l’anthropologie visuelle, questionnant la fabrique collective des images.
J’ai créé en 2020 Esotopies (lieux intérieurs), une maison d’édition indépendante dont le but est de publier le travail photographique personnel de photojournalistes et photographes de presse en France.
Esotopies est toujours en cours de construction.
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After Picture
La série « After Picture » a été réalisée sur plusieurs années lors des semaines de la mode à Paris. J’ai travaillé longtemps comme éditeur photo pour une grande agence de presse, c’est à dire que je faisais partie des gens qui restaient dans les lieux une fois le défilé terminé. La frénésie laissait alors la place au silence .Tandis que l’acte de photographier était encore quelques minutes plus tôt l’activité de chacun, pas seulement des photographes professionnels accrédités postés à chaque étape de l’événement (séquencé toujours de la même manière : arrivée extérieure, arrivée intérieure, backstage, catwalk, front row, départ, after show, etc.) mais aussi de la part de toute une cohorte de photographes amateurs, ou freelance et curieux amassés dans la rue à l’entrée des défilés, des invités, du public tenu à bonne distance et même des mannequins munis de leur smart phone partageant des images live tandis qu’ils défilaient sur le podium.
Cette orgie d’images professionnelles et amateurs, partagées, diffusées, imprimées, est encouragée par les maisons bien sûr, la participation des audiences et la captation de l’espace médiatique étant un puissant outil promotionnel. Mais, une fois le show fini et la foule partie, d’une minute à l’autre l’acte de photographier devient presque interdit, suspect en tout cas. C’est à ce moment-là, à mon avis, que le véritable travail documentaire peut commencer.
Je photographie les lieux furtivement, discrètement, on ne sait pas tout de suite de quoi les photos sont le témoignage, et les indices viennent très progressivement au fur et à mesure de la série.
Les photos sont prises avec différents appareils, argentiques ou numériques, l’intention étant ne pas ancrer la série dans une époque que la texture photographique pourrait trahir, mais plutôt de la rendre sans âge. On ne peut pas reconnaître les événements dont ces images sont la trace, ni les dater, libérant alors la photographie de sa destinée d’outil promotionnel. Cette série de photographies se veut une réponse au corpus d’images univoques que ces événements médiatiques génèrent. Les seules silhouettes humaines qui apparaissent sont des ombres anonymes qui travaillent au nettoyage et démontage des décors. Elle questionne aussi, en montrant des espaces vides, désertés, la forme et la fonction des rituels collectifs médiatiques et leur avenir tandis que la crise sanitaire mondiale a provoqué leur fin brutale.

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