MARTINE TANNÉ
Philosophe de formation, autodidacte dans la pratique artistique, la photographie est entrée tardivement dans mon travail de création mais elle y occupe aujourd’hui une place prépondérante. Plasticienne, l’appareil photographique est pour moi un médium au même titre qu’un pinceau ou un crayon. Il me permet de noter, croquer, glaner plus facilement ce que le réel me donne à voir ou plutôt résiste à me donner à voir. Je cherche à m’émanciper d’un usage classique du médium photographique, que ce soit par la recherche de nouveaux supports, de techniques hybrides, et surtout d’un nouveau rapport à la réalité. Il me plaît de bousculer le réel non pas pour m’en échapper mais pour mieux le questionner. Je cherche à produire une « image pensive » pour emprunter l’expression de Jacques Rancière. Mes images se veulent à la fois politiques et poétiques, elles s’engagent dans l’urgence de la mémoire d’une réalité enfouie, trop souvent muette. Elles racontent des histoires où peuvent se rencontrer la Grande et la petite histoire.
____________
« La terre nous est étroite »
Cette série, issue d’un voyage en Cisjordanie en automne 2022, emprunte son titre à Mahmoud Darwich. Elle tend à montrer qu’au cœur de l’intolérable, qui ne cesse de croître à Gaza comme en Cisjordanie, émane la beauté de la résistance d’un peuple animé par la certitude qu’un jour il remoissonnera sa terre.
« La terre nous est étroite » parce que la Palestine est devenue cette portion de terre oblongue qui s’amenuise au fil du temps par l’occupation et la colonisation.
« La terre nous est étroite » parce qu’elle est la chair de tous les Palestiniens qui ont un attachement viscéral à la terre et à ses produits, c’est par la terre qu’ils vivent, mais c’est aussi pour elle qu’ils perdent la vie.
La plupart des Palestiniens étaient des agriculteurs. Les priver du droit d’accès à leur terre, c’est les amputer aussi du droit à leur identité. L’olivier est le symbole de cette identité. Le peuple palestinien résiste tout comme ces arbres qui s’enracinent dans la terre et que les colons tentent d’arracher dans une volonté de dépalestiner la Palestine.
Ces images rendent hommage à celles et ceux qui luttent au quotidien pour le droit au retour, à celles et ceux qui résistent, à celles et ceux qui vont d’exil en exil, aux enfants, aux femmes et aux hommes morts pour une terre identitaire et nourricière. Elles cherchent à porter le deuil très loin jusqu’à son point d’incandescence, celui d’une nouvelle espérance.
![]() | ![]() | ![]() |
|---|---|---|
![]() | ![]() | ![]() |





