top of page

MARC ANTOINE

J’ai étudié les arts plastiques et ensuite les arts graphiques à l’Institut Saint-Luc de Liège, en Belgique. Photographiste, c’est ainsi que je me définis, car la photographie est depuis longtemps mon mode d’écriture principal.
Je ne photographie pas ce qui est, mais ce qui advient.
J’utilise cette phrase comme un manifeste artistique, comme un fil conducteur. Je questionne les liens complexes entre la photographie, le temps et la réalité.
À travers mon cheminement, je souhaite exprimer une vision de la photographie qui s’éloigne de la simple capture documentaire ou de la reproduction brute du réel. Je refuse ce qui est figé.
Photographier ce qui « est » correspond, à mes yeux, à une retranscription purement technique ou passive d’une personne, d’un objet ou d’un paysage. Privilégier ce qui « advient » met en valeur l’impermanence, la métamorphose et l’émergence de l’inattendu (un changement de lumière, une émotion passagère, le surgissement du hasard, l’accident heureux, le temps long…).
Mon approche s’inscrit dans une réflexion sur l’image, influencée par des photographes comme Yasuhiro Ogawa, Hiroshi Sugimoto et Masahisa Fukase.
J’ai eu l’occasion de présenter mon travail lors de nombreuses expositions en Belgique et à l’étranger.
____________________
Série photographique Walk the Dog
Chaque matin, j’emprunte la ligne de bus A pour me rendre au travail. La marche commence devant la gare et mes yeux se posent sur un quartier et ses invisibles, sa désolation, ses injustices… Le quartier Nord, un quartier au nord de la ville, sans doute semblable à d’autres quartiers Nord… À peine sur le trottoir, une première demande de petites pièces, pour manger ou pour autre chose…
L’escalator, lorsqu’il fonctionne, aspire les navetteurs vers la lumineuse dalle de la gare où, pas encore éveillé, on se retrouve dans un brouhaha étrange ; tout semble fonctionner au ralenti dans un monde pourtant toujours plus rapide.
Les baffles égrènent les retards et les suppressions de trains, préviennent de la présence de pickpockets puis, dans un craquement, se taisent un peu. Quelques pas sous les néons et d’autres mains se tendent, d’autres sollicitations, toujours et encore. Une odeur écœurante de gaufres flotte dans l’air humide et froid ; la sortie nord est proche. Le jeudi, un accordéon égaie un peu l’atmosphère. La lumière est plus faible ; encore des sollicitations avant de franchir la porte vers les escaliers qui mènent à la porte du Nord. Je descends les escaliers sales où une odeur d’urine règne chaque matin.
Enfin, je sors de la gare… Bienvenue au nord du nord de la ville, quartier délaissé, oublié, repoussé, repoussant… Comme des zombies, de nombreuses personnes errent autour de cette sortie ; la nuit a été longue, froide, humide et arrosée pour la plupart d’entre elles. Je traverse la rue et la remonte, rapidement ; je passe devant le plus grand bâtiment du quartier, sinistre, avec son parking réservé au personnel de l’endroit ; le drapeau tricolore flotte fièrement sur la façade… La prison.
Je croise l’un ou l’autre bistrot glauque, des kebabs, une sandwicherie pas encore ouverte… Parfois, un graffiti égaie un mur et offre une seconde d’évasion. Il faut surtout bien regarder où l’on met les pieds car, au nord, les pavés des trottoirs ont tendance à se faire la malle et les flaques prennent leur place… Je tourne à droite ; au loin, on aperçoit des cités-dortoirs, elles aussi à l’abandon, loin du centre-ville, le plus loin possible… C’est ce parcours quotidien que j’ai voulu montrer dans ces photographies : ces endroits délaissés, ces personnes abandonnées, oubliées, invisibilisées. Un appareil simple, sans mise au point, un film très contrasté ; à peine viser, ne pas s’arrêter, ne plus réfléchir, constater, simplement constater, ne porter aucun jugement.
Comme un chien errant, attiré par les lumières, les odeurs, les gens… Et après.
Janvier 2025
Half-frame 35 mm, Washi film



Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
tk-21_logo.png

​

bottom of page