LUDOVIC LE GUYADER

Puzzle d’émotions, la cité, vue par Ludovic Le Guyader, est une peau caméléon dont la couleur importe peu puisque le Noir et Blanc, les lumières et les ombres sont à la mesure de ceux qui l’habitent.
Il n’est pas question de misère, de fatigue ou d’abandon. Si la vieillesse et la solitude sont présentes, c’est parce qu’elles le sont également dans la musique silencieuse des rues et des aspérités urbaines. Pas de remous, pas de stridences. Le regard du photographe se pose comme se poserait le rêve de ce greffier naturaliste désiré par Zola un jour. Il regarde, il nous offre, sans nul jugement inopportun, ce que l’existence montre du quotidien. Les héros sont ce que nous-mêmes sommes, ni idéalisme, ni apocalypse, ni désir d’aller plus loin dans la recherche d’un message quelconque, hormis celui que nous procure le temps qui passe. Jouir de voir, jouir du regard que nous pouvons poser sur cette cité de multitude et d’isolement, d’amours et de solitudes diverses.
Il existe autant de tendresse dans le regard de celui qui voit que sur les lèvres des personnages perçus. Il existe autant de fatigue dans l’œil qui devine que sur un dos voûté comme l’arc d’une cathédrale soutenant le poids des ans. Mais aussi, légèreté des êtres en partance, de passage. Légèreté des hommes et des femmes se traduisant par les vapeurs qui parfois rendent floues les silhouettes et leur prêtent un mystère qui n’existe que dans l’esprit du spectateur. Pierres et eaux, liquide du ciel et sur le sol qui reflète les corps pour un instant inversés, s´élevant dans une double verticalité, tête visant le ciel ou, au contraire, voguant par-delà les vagues d’un bitume devenu mer ouverte.
Chaque image est une roche que le voyeur, Sisyphe, tente de repousser plus haut, puis, qui retombe inexorablement, mais légère comme une immense bulle de savon, dont nul n’ignore l’éphémère et qui pourtant crève de beauté, éclate d’une joie renouvelée.
Ludovic Le Guyader raconte en silence et répond par des questions à des interrogations qui n’attendent aucune parole. Juste un regard humain sur l’humain. Juste une caresse sur une peau usée. Juste un sentiment d’empathie pour ceux qui nous ressemblent.
Des images qui nous disent que le bonheur réside aussi dans le désir de ce que nous sommes et de ce que nous possédons déjà.

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