JEAN-CHARLES LÉON

La photographie, une passion de jeunesse, m’est revenue il y a quatre ou cinq ans et prend progressivement la place de la musique. Je pratique la photographie comme je la pratiquais : technique la plus assurée possible, réflexion, créativité, partage, groupe...
Je suis membre du collectif de l’Escapade (le nom du restaurant où nous étions lorsque nous avons fondé le groupe). Expositions à venir (en fait annulées à cause du covid et reportées) fin août en région parisienne, novembre à Meaux (77), février 2021 à Villepinte ; l’Escapade travaille sur le lien entre le texte et la photographie, un collectif photo-textuel. Deux livres en cours d’édition (autoédition).
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Journal d’un confinement dans une petite ville ordinaire. Portraits de ville – portraits de campagne
J’ai, 55 jours durant, photographié l’absence et la ville dans laquelle je vis, vivant le confinement de la population qui ne laissait que des traces ténues d’une présence craintive et repliée sur elle-même.
Je me suis trouvé confiné dans ma petite ville de banlieue parisienne, Esbly, en Seine et Marne, petite ville banale qu’on traverse normalement sans s’arrêter, sans même la voir. Rien ne la distingue de beaucoup d’autres, pas d’industrie, une vieille piscine construite dans les années 50 maintenant désaffectée, pas de monument hormis une église du 17ème siècle de peu d’intérêt, la Marne, un canal, un ru plutôt boueux.
Rapidement le confinement ne m’a paru possible qu’à la condition du mouvement : l’immobilisation était le plus insupportable. J’ai choisi, en quelques jours, de sortir quotidiennement en respectant plus ou moins strictement (très strictement pendant plus d’un mois et demi), les conditions légales : une heure par jour, un kilomètre linéaire et circulaire. Très rapidement également, j’ai choisi de photographier tous les jours, de travailler une technique alors que la photographie que je pratiquais le plus – le portrait de studio, la photographie d’action (manifestation) et la photographie de rue et sociale – m’était interdite.
Je n’ai pas cherché à faire un journal, même si c’est ce que j’ai fait, finalement. Je n’avais, au début de cette période dont nous ne connaissions pas le terme, aucune autre idée que de marcher pour entretenir ma forme, poster sur Facebook pour conserver du lien et pour lutter contre ladite « distanciation sociale » qui n’était que physique. Rapidement, les lecteurs m’ont montré combien ces textes qui accompagnaient mes photographies comptaient pour eux. Tous les jours, je me suis astreint à cette heure de marche, ces 50 à 120 photographies dont j’en conservais 10 tout au plus, et un texte de 1 800 à 3 000 signes.
Très vite, l’absence d’humain m’a fait chercher la trace de l’humanité. Marcher au milieu de la route sans crainte des voitures, regarder de longues rues vides, silencieuses, était une expérience humaine, personnelle, appelant l’introspection et le retour sur soi : j’ai tissé un parcours géographique, musical, personnel, intellectuel, découvrant des lieux étonnants, rencontrant in fine des personnes qui se sont habituées à ma présence régulière, devenant, comme me l'a dit une femme sortant le matin, un jour : le photographe du matin. Rencontres improbables : des jardiniers, un éboueur qui arrête encore son camion pour me saluer quand il me voit marcher dans la rue, un ancien égoutier... Ce journal donne à voir des gens ordinaires pris dans une tourmente dont ils ne saisissaient pas encore l’ampleur.
Malheureusement, la maladie frappa ma famille de manière fort cruelle au bout d’un mois, nous forçant à vivre une agonie de loin, sans pouvoir tenir la main. Ce journal prit alors la forme d’un témoignage de l’éloignement et du lien physique rompu.
Mes photographies, la plupart du temps traitées sous forme de série quotidienne, accompagnèrent cette expérience ontologique, cette épreuve de notre humanité. La musique m’a accompagné ; la polysémie des termes photographiques a rejoint le corpus lexical de la musique.
L’ensemble du journal est pour le moment sur mon site, à l’adresse suivante, sous une forme « in progress » puisqu'il faut encore lire et relire les textes, les coquilles, les fautes de frappe... L'ensemble fait plus de 300 000 signes. J’ai proposé textes et photographies à des maisons d’édition, j’attends les réponses.
Mon témoignage n’est pas celui de la grande ville, des photographies des grandes avenues vides et spectaculaires. C’est celui du quotidien et du banal, de la vie qui reste confinée et qui pourtant laisse des traces ténues malgré l’absence.

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