GREGORY COLLAVINI

Gregory Collavini (1988, Berne) est un photographe documentaire et concepteur visuel basé à Berne. Il est diplômé de l'École cantonale d'art de Lausanne (ECAL) et élargit régulièrement ses connaissances avec des formations artistiques. Ses domaines de compétences se situent dans la direction artistique, le design visuel multimédia, la mise en page, l’édition papier et la création de livres. Les travaux photographiques de Gregory se concentrent sur les environnements humains, en traversant l'architecture, les paysages et l'urbanisme. Usurpant les scénarios attendus, défiant le quotidien, il est alimenté par un sens de curiosité sans fin.
_________

La série Silent Outlooks (Perspectives silencieuses) parle d’un silence forcé où le bruit est hors champ. Façades inachevées. Frontières de territoire. Sculptures minimalistes et abstraites. Dialogue avec une nature plus domestiquée que sauvage. Austérité, rectitude parfois adoucie par la transparence, parfois prolongement du bitume de la ville. Que sont ces pans de murs ? Gregory Collavini photographie ces objets que l’on appelle «murs antibruit » et qui constellent le vaste système autoroutier suisse, censés protéger le public du bruit produit par le passage des véhicules. Ces murs antibruit établissent un nouvel ordre, plus ou moins porteur de violence, plus ou moins compréhensible, à l’ambivalence étrangement poétique, dans ce paysage à la fois irréel et hyper-réel qu’est le territoire autoroutier.
Éléments de la topographie moderne, les murs antibruit sont prétextes à communiquer une vision éminemment contemporaine du paysage helvétique. Nées de la volonté des autorités de protéger les riverains des nuisances sonores causées par le trafic, ces parois ont pour effet collatéral de délimiter, de transformer le paysage en y insérant une cassure. C’est précisément cette cassure, imposée dans la fluidité apparente du paysage, qui est explorée. La sensation d’enfermement généré par l’objet « mur » semble être autant nuisible que ce bruit qu’il ne parvient jamais à recouvrir totalement.
L’enjeu de la série Silent Outlooks tient à la relation que les murs antibruit entretiennent avec le paysage, à cette « poésie des contraires » qui s’en dégage. L’ambiguïté, le paradoxe, y tiennent une place importante. L’objet mur avec sa symbolique forte. Le calme, la quiétude n’y sont qu’apparents. Suite à l’exposition de ce travail dans une galerie londonienne, un internaute laissa le commentaire suivant : « Au premier regard, j’ai cru que ce mur était une blague, faite avec Photoshop. Il ressemble à celui que l’on a ici, en Israël. »
Les photographies se veulent être des images muettes dont le silence serait comme habité par un bruit continu. Qualifié de grondement, le brouhaha autoroutier a été minimisé par les instances publiques. En réalité, ce bruit est source de stress et affecte la santé. Quiconque a été contraint de vivre ou dormir à proximité d’une autoroute connaît le bruit pénétrant de l’accélération des véhicules sur l’asphalte. Or, ce bruit raconte quelque chose sur la violence qui nous cerne. Le bruit de l’autoroute est une pollution sonore. Seule trace tangible du vacarme autoroutier, les mesures de son enregistrées à l’endroit même des sites photographiés. Le nombre de décibels ainsi obtenu sert de légende aux images.
Chercher le silence c’est aussi parler du bruit.

Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
Add a Title
tk-21_logo.png