GORDON SPOONER
Né en 1957, à Gateshead, en Angleterre, Gordon Spooner a débuté la photographie à l’âge de 15 ans. Arrivé à Paris à 23 ans, il travaille quelques années comme éclairagiste au théâtre, notamment avec Patrice Chéreau. Son désir de cinéma sera nourri par le désir de dépasser le caractère éphémère de la représentation théâtrale. Depuis 1996, il se consacre au travail de Directeur de la Photographie. Michel Hazanavicius, Solveig Anspach, Kad Merad, Antoine Barraud et Christine Carrière le sollicitent pour faire les images de leurs films. Des centaines de films publicitaires, des documentaires et une dizaine de longs métrages feront de Gordon Spooner un chef opérateur reconnu pour son langage cinématographique, jugé éloquent, humain et juste.
« Tout ce qui est solide se volatilise », écrivait le philosophe Marshall Berman, à propos de notre expérience de la modernité. Comme un fil conducteur dans son œuvre, cette maxime dicte le tempo des images de Gordon Spooner. Dans ses portraits, l’auteur cherche à saisir la fugacité de l’instant. L’infime instant du présent, toujours en fuite, qui file entre nos mains – l’instant insaisissable, et donc toujours impénétrable. À l’inverse du 7e art, qui capture l’image en mouvement, dans la durée, reliant le moment passé et celui à venir, le médium photographique à son tour, fige le temps. Par un refus catégorique de laisser transparaître tout flou créé par le mouvement, l’artiste immortalise ses modèles à la perfection. Arrachés au cours linéaire du temps, les corps lévitent et se délivrent, ouvrant la porte à l’univers des possibles. Vont-ils se heurter violemment contre le sol ou se déposer délicatement sur les draps de leurs lits ? Avec une compréhension exiguë de l’enjeu cinématographique, Gordon Spooner compose ses photographies comme des scènes, en laissant toutefois l’interprétation à la charge du regardeur.
« Je m'intéresse à l'impermanence des choses, au moment où l’on réalise que les choses ne sont pas comme nous le pensons. Ce que nous croyons être solides, en fait, ne l'est jamais. Je veux que mes sujets deviennent les personnages d'un film obscur et lointain que nous avons vu une fois et que nous pensons avoir oublié. Des personnages auxquels nous nous sommes identifiés, des personnages qui auraient pu être nos amis. Je veux créer un lien entre la fiction et la réalité par le biais de l'émotion. »
Implantées dans le réel, dans l’expérience vécue de l’auteur – sans pourtant s’y réduire –, les photographies présentées surplombent le monde du sensible. Elles se situent à mi-chemin entre la réalité et le rêve, le vrai et le factice. Comme une séance de psychanalyse, les compositions de Gordon Spooner se fabriquent à deux. L’œil acéré du photographe rencontre le regard complice du modèle. Un moment d’échange, plongé dans l’intimité d’une chambre où l’imaginaire se projette irrévocablement sur l’autre. Avec Impermanences, nous sommes invités pour l’occasion dans ces échanges. Spectateurs devenus acteurs, on se retrouve ensorcelés par les interactions et jeux de pouvoir liés à l’expérience photographique. Le voyeurisme se mêle à l’introspection, nos corps deviennent le reflet de nos esprits. L’artiste, le modèle et nous. Trois points cardinaux, et trois regards qui cristallisent toute la nervosité de l’intime. Une proximité sujette à la fascination, l’excitation et l’imprévisible. Seule une fraction de seconde est nécessaire pour déclencher l’obturateur de l’appareil photo. Un infime instant pour lâcher subitement toute la tension du présent – et finalement lâcher prise.
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Impermanences
Au cours de ses 25 ans de carrière comme chef opérateur dans le cinéma, Gordon Spooner développe une création photographique intimiste et intrigante qui interroge les frontières entre l'image cinématographique, le portrait et la photo documentaire.
‘Impermanences’ regroupe les images de deux séries – LetGo et Crash – représentant une multitude de corps en chute, insaisissables et évanescents. Des corps arrêtés, soustraits aux lois de la gravité qui interrogent avec violence l’infime instant où notre esprit lâche prise.
Présentée à la PREVIEW GALLERY, au cœur du 1er arrondissement de Paris, l’exposition Impermanences nous invite à décoder avec nos impressions d’immutabilité. Car après tout, la seule constante est le changement.
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