ELODIE RÉGNIER

Née en 1981, Élodie Régnier a grandi à Dijon avant de partir en 2001 à Annecy, poursuivre des études à l’ESAAA. Elle entame alors un travail en photographie, seul medium avec lequel son expression créative lui semble extérioriser de façon concrète ce qui est au plus proche d’elle.
En 2006 elle obtient le DNSEP, et part sur les routes enseigner aux enfants du cirque Arlette Gruss. Elle découvre alors cette vie itinérante durant trois mois, et commence une série de photographies documentant cette vie de nomade. Elle comprend alors qu’elle cherche à créer des récits photographiques. En perpétuel mouvement, Élodie Régnier capte de près ou de loin avec son appareil photo, sa caméra ou son téléphone portable ces moments qui mis bout à bout constituent la trame de la vie. L’image vogue ainsi, fluctuante, mouvante, car dans son approche rien n’est fixe et définitif. Rencontres improbables d’univers disparates qui interrogent notre regard, des situations incongrues ou intimes. L’image est multiple, ouverte, et offre de nombreuses correspondances.
En 2012 elle est Lauréate du Prix Jeunes Talents décerné par le Conseil Départemental de Côte d’Or, récompensant son travail photographique et sonore sur le célèbre parc d’attractions abandonné de Berlin, le «Spreepark».
En 2015 elle devient l’assistante du célèbre photographe Martin Parr, lors d’un projet commandé par la ville d’Evian. Suite à cette fructueuse collaboration avec le photographe, elle est contactée quelques mois plus tard par Alessandra Sanguinetti, autre photographe américaine membre de l’agence Magnum Photos, et par la Fondation d’entreprise Hermès, dans le cadre du projet « Immersion ». Elle devient alors l’assistante d’Alessandra Sanguinetti, de sa première prise de vue dans la jungle de Calais à son exposition à la fondation Aperture, à NYC.
Ces échanges professionnels fructueux et devenus amicaux avec ces deux grands photographes, ont abouti à une prise de poste au bureau de l’agence Magnum Photos à Paris, de 2017 à 2019. Élodie Régnier devient chargée des expositions des photographes de Magnum Photos, et développe des projets culturels en France et à l’international.
Aujourd’hui Élodie Régnier se consacre à son activité de photographe indépendante.
Ces jeux de regards sur ce qui l’entoure et cette liberté d’association composent une écriture poétique et singulière qui lui est propre.
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Journal d’un confinement Printemps 2020, Dijon, France
Cela faisait quatorze jours que tout cela avait commencé de manière plus sérieuse ici en France, quand j’ai entrepris de photographier des scènes de vie chez nous. Tout s’était amplifié : plus d’autres latéralités que de rester chez soi.
Ce qui est subtil avec le silence, c’est qu’il fait paraître les sons plus fortement, comme déployés ; le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles… Et c’est un contraste sidérant que de suivre les nouvelles informations à la télévision, à la radio, et de regarder par la fenêtre. Ce n’est plus exactement un simple retrait du centre grouillant, mais c’est bien une situation de crise que nous traversons en observant ce qui se fait et se défait. Ce qui immuablement pousse et ce qui irrémédiablement s’abîme.
Aussi je me suis mise à voir autrement les plantations de notre potager, à témoigner des accidents domestiques, à faire de nouvelles rencontres avec des insectes, des fleurs, à discuter avec nos voisines les plus proches… à suivre la lumière du soleil levant à la nuit tombée.
Hic et nunc.
Le roulement de nos jours, leur basculement et leur disparition.
J’ai voulu faire des photos qui racontent la maison-miroir. Parce que je crois que photographier la chaleur de cette sphère intérieure, la montrer, c’est déjà une façon d’introduire de l’harmonie dans ce chaos. Interprétation simple et pénétration du vivant. Notre univers intime regorge de sens, de sensations et de vie, et j’envisage ce récit photographique comme un déclencheur de questions et de rêveries.
Pour assimiler ce qui s’offre en plus, ou engendre du moins, il importe de rester posé et d’être attentif. Je regarde la lumière qui révèle, ainsi je peux voir que le monde continue de tourner, nos réflexions aussi, et que nos engagements se font plus précis.
J’aime être une exploratrice chez moi. Signifier notre présence par l’absence, non par détournement, mais pour souligner justement que nous restons présents et œuvrons avertis.

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