DOMINIQUE CLEVENOT

Après une carrière universitaire de professeur en Arts et Sciences de l’art et des travaux de recherches en histoire de l’art et en esthétique, j’ai entrepris de développer une pratique photographique qui était restée longtemps une activité marginale et plus ou moins épisodique, souvent liée à des voyages. J’ai participé pendant ces trois dernières années aux activités des ateliers photo du Centre Saint-Cyprien de Toulouse où j’ai également suivi divers stages (Jean-Christophe Godet, Patrice Terraz, Tomasz Laczny…).
Mes orientations initiales – la pratique du dessin et de la peinture – expliquent sans doute mon intérêt pour la dimension plastique de la photographie. Cependant, je tiens à ce que mes images ne se limitent pas à leur forme, mais qu’elles entretiennent – en tant que photographies justement – une relation directe avec le monde qui nous entoure.
D’une manière générale, ma pratique photographique relève de la cueillette. J’aime saisir ce qui, au détour du hasard, arrête mon regard. Ça peut être un objet, un détail architectural, une lumière particulière, une ombre ou un simple jeu de formes, autant d’éléments ordinaires que la saisie photographique permet, à travers certains choix formels, d’extraire du banal.
Il me semble en effet que le travail sur la forme a le pouvoir de transformer le réel, même le réel le plus ordinaire, en un objet poétique, mystérieux ou ambigu : un objet visuel qui, laissant de côté la fonction documentaire de la photographie, serait à même d’ouvrir sur la pluralité du sens.
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La photo peut raconter une histoire ou tenir un discours. Elle peut aussi se faire bruyante ou bavarde. Mais, en tant qu’image fixe qui arrête le temps, elle est foncièrement silencieuse. « Photographier le silence » reviendrait peut-être à mettre en évidence ce silence premier qui réside au cœur de la photo. Pour cela, suspendre tout mouvement, toute intention narrative, toute signification explicite.
Pour moi, « photographier le silence » implique un regard méditatif posé sur les choses, à l’instar de ces natures mortes autrefois appelées « vies immobiles » ou « vies silencieuses » (still-life). Ainsi les images que je propose montrent des espaces vides – des lieux désaffectés ou non encore affectés –, des objets abandonnés, déchus, qui ont perdu leur fonction première. Ce sont des images à l’arrêt. Des images qui ne sont habitées par aucune présence humaine, qui ne montrent aucun événement particulier et qui contiennent peu d’informations. Silence rime ici avec absence.
Pour autant, ces images d’espaces et d’objets silencieux, loin du bruit du monde, ont le pouvoir, je l’espère, de transmettre, par leur mutisme même, une interrogation sur notre relation énigmatique à ce que nous voyons, à ce qui nous regarde.

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