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DENIS BERGAMELLI

LE PASSAGE
Que serions-nous sans ces structures qui assurent le passage, le trait d’union à la fois d'une rive à l'autre, et quand elles sont souterraines d'une station à l’autre ? Comment imaginer des déplacements sans ouvrages d’art ? Alors que certains rêvent à la liaison sous-marine entre des continents, je me contente de mon côté, de surveiller les structures existantes en essayant d’en extraire une expression graphique et des traces de vies passées. Géométrie, détails, perspectives, autant de champs du possible qui s’offrent à moi en tant qu’inspecteur d’ouvrages d’art.
Il y a le viaduc entre ciel et terre qui permet de franchir le périphérique, seul passage possible au-dessus du flot de circulation, au-dessus des bouchons et des coups de klaxon,
Il y a ces boyaux souterrains dans lesquels les rames s’engouffrent une fois le viaduc oublié, remisé dans les souvenirs,
Il y a les stations avec leurs tourniquets, ces passages obligés sans échappatoires,
Il y a ce vide, cet espace de 5cm entre les portes de la rame et celles du quai,
Il y a le flux des voyageurs et ces objets qui tombent en entrant ou en sortant de la rame,
Il y a les pleurs, le désespoir, l’oubli et la résignation, de ce qui sera perdu à jamais,
Il y a la nuit, les rames qui vont se ranger au garage, la voie qui se libère, prête pour l’inspection,
Il y a le parcours, dans ces tunnels qui serpentent, où l’on chemine d’une station à l’autre,
Il y a la découverte, la surprise et la résurrection de ces objets, dans cet au-delà souterrain, au travers de l’objectif.
Nous sommes dans les tunnels du métro, ce passage souterrain dans la ville, entre 00h30 et 4h15, lors des opérations de surveillance.




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