CORENTIN GRINDEL

Né à Mont-Saint-Aignan en 1995, Corentin Grindel passe son enfance en Lozère et découvre le monde de la photographie lors de ses études dans le domaine culturel à Paris.
Il a alors pour projet de photographier les passagers du métro parisien et récupère l’appareil argentique familial pour le réaliser. Au début de sa pratique il profite de la foisonnante et anarchique vie parisienne pour en faire un terrain de jeu et expérimenter les possibilités d’expression qu’offre ce medium. Apprenant en autodidacte, il commence comme tant d’autres à développer ses pellicules dans sa salle de bain et fréquente de nombreuses expositions qui lui permettent de découvrir le travail de grands photographes comme Herb Ritts, Eli Lotar, Raymond Depardon, Joseph Koudelka et Henri Cartier-Bresson. Ne trouvant pas ce qu’il recherche dans la photographie de rue, il oriente son regard vers des cadres plus intimes et décide de partir vivre en Bretagne pour se focaliser sur ses passions ainsi que pour retrouver un milieu plus rural.
Travaillant presque exclusivement en noir et blanc, il développe un engagement poétique autour de la quotidienneté, du voyage et de l’introspection. C’est pris dans ces thématiques qu’il partira notamment sur les routes de plusieurs pays en quête de compréhension du monde. Ses photographies sont mêlées de douceur, de violence, de fascination et s’inscrivent dans une constante recherche d’un rapport aux lieux et aux choses.
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Le silence en voyage est un ensemble de photographies prises entre 2017 et 2019. Elles sont extraites du livre intitulé Où se tenir ? que je cherche à éditer et à l’intérieur duquel la thématique du silence prend une place capitale. Cette série tente de montrer un bouleversement du rapport à la nature et au langage s’étant opéré lors de voyages en Irlande, Allemagne et Suède. L'idée de ceux-ci est de s’en aller seul à l’étranger, avec ou sans voiture, de dormir dehors et de se laisser un temps donné pour découvrir des lieux, des paysages. J’ai fait le choix, lors du premier voyage (qui déterminera le mode des suivants), de la solitude, afin de laisser à ces moments une possibilité d’introspection, de découverte de soi, pour voir aussi ce que cela ferait de se débrouiller seul, dehors pendant plusieurs semaines.
Je me suis donc retrouvé dans des pays dont je ne parlais pas ou très peu la langue, sur la route, la quasi-totalité du temps seul et la majorité du temps hors des villes. J’avais à chaque fois vaguement inscrit sur une carte des lieux à voir ; c’étaient les seuls repères fixes. Lors de mon voyage en Irlande, à force de marcher, de rouler, sans vraiment de but ni de personnes avec qui parler, j'ai eu la sensation de me détacher du monde et du langage humain pour aller vers quelque chose, non pas de fusionnel, mais comme un rattachement, une grande proximité avec la nature et l’environnement. Face à la beauté de ce qui se présentait sous mes yeux, la photographie est devenue ce qui permettait d’exprimer, de garder, et par la suite de montrer sans mots. Elle fut alors le nouveau langage, un langage dont on ne saura ce qu’il exprime que plus tard, lors du développement, un langage sans langue donc libre à priori de codes et de formes prédéfinies, un langage neuf à inventer et à découvrir, mon langage photographique. Cet effet s’est aussi produit, lors de mon deuxième voyage entre l’Allemagne et la Suède. Tenter de le retrouver était l’une des raisons qui m’ont poussé à renouveler l’expérience. C’est dans ce grand silence trouvé en Irlande que je crois avoir découvert ma manière de photographier. Il a fallu dégager le langage, la parole et les bruits pour que la photographie puisse prendre sa place. Une place qu’elle est seule à pouvoir proposer et qui permet à qui fait l’expérience de ce mode d’expression, de parler avec les yeux.
C’est, dans cette série de dix-sept photographies que je souhaite partager avec vous, la découverte d’une photographie du silence. Vous trouverez dans la première partie des images réalisées en Irlande. Elles y sont radicales, désorientées, violentes. Elles montrent le regard de quelqu'un d’étonné, en quête de compréhension de l’évènement qui se produit en lui et devant lui, mais dont il est sûr de la justesse et de la profondeur qui s’y créent. La deuxième partie date d’un second voyage lors duquel j'ai cherché à retrouver ou du moins à recréer les conditions d’émergence du bouleversement vécu dans le premier. Les photographies plus sereines, plus cadrées, témoignent d’un état d’esprit d’ouverture à ce que peut offrir le voyage et son silence. Elles y guettent un potentiel but, un potentiel aboutissement.

©CORENTIN GRINDEL
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