CHRISTOPHE MONTEBELLI

Christoph Montebelli (1980) est un photographe artiste et écrivain allemand/autrichien travaillant entre l’Europe et l’Afrique. Il est diplômé en économie et en développement des universités de Rome et de Yale, où il a étudié en tant que boursier Fulbright.
Son travail photographique, qui explore l’impact visuel de l’urbanisation et de la mondialisation a été exposé à Londres, Bruxelles, Casablanca, Trieste, Cracovie et Berlin.
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Barrio
hong kong
la havane
zanzibar
berlin
Grands ensembles et HLM sur quatre continents

À propos du projet.
Le projet photographique « Barrio » porte sur quatre quartiers de grands ensembles sur quatre continents : Afrique, Amérique, Asie et Europe.
Les quatre sites sont aussi une représentation plus générale de nombreux quartiers à travers le monde construits au cours de la seconde moitié du XXe siècle, généralement dans les périphéries urbaines, afin de résoudre les problèmes de logement.
Christoph Montebelli

L’intention initialement noble d’offrir un nouveau chez-soi à des dizaines de milliers de personnes, souvent reposant sur un socle de théories inscrites dans une perspective d’avenir, se révélait souvent utopique. L’architecture et les techniques de construction qui, à l’époque, étaient considérées comme avant-gardistes, sont aujourd'hui souvent rejetées en raison de leur monotonie, de l’utilisation flagrante du béton et d’une inspiration trop souvent brutaliste. On reproche à la concentration de ces constructions de masse dans des quartiers périphériques d’être source de marginalisation.
Le projet photographique aborde ces lieux d’un point de vue esthétique et personnel, mais aussi intellectuel : les photographies sont accompagnées par des essais. Sans négliger les questions susmentionnées, le projet tente d’expliciter le potentiel de ces quartiers et de leurs habitants, avec l’ambition de contribuer enfin au débat sur l’avenir de nos villes.

Hong Kong : Quelqu'un me trouvera-t-il un chez-moi ?  
(photographies nos 1 – 15 de la sélection)
Le 25 décembre 1953, un énorme incendie détruisit un bidonville dans le quartier Shek Kip Mei de Hong Kong, où des milliers d’immigrants de la Chine continentale avaient trouvé refuge. Plus de 50 000 personnes se retrouvèrent sans domicile.
Le gouvernement colonial réagit alors par un effort de construction massif : l’incendie devint le point de départ du programme de logements public de la ville, l’un des plus importants du genre. Les nouveaux appartements pour les habitants de Shek Kip Mei étaient à bon marché, mais aussi extrêmement petits : un appartement de 28 mètres carrés devait accueillir jusqu'à cinq personnes. Les tailles moyennes ont augmenté depuis, mais elles restent toujours très modestes comparées à d'autres endroits dans le monde. Néanmoins, avec près de la moitié de la population résidant dans des appartements construits avec l’aide publique, ils sont devenus la forme de logement privilégiée à Hong Kong.
La raison principale est économique : les développements immobiliers privés sont trop coûteux pour une grande partie des citoyens ordinaires. Les prix au mètre carré sont parmi les plus élevés du monde dans un marché conditionné par une forte demande, doublé d’un manque de terrains à bâtir et alimenté par la spéculation. Il y a quelques années, deux promoteurs chinois ont payé plus de deux milliards de dollars pour un terrain résidentiel, dépassant de près de 50 % sa valeur marchande.
Le rôle du gouvernement dans ce jeu est double : d'une part, atténuer les effets des prix exorbitants tout en offrant davantage de logements à bon marché. D'autre part, la ville elle-même est propriétaire de terrains et bénéficie des ventes à prix élevés. Si ces prix chutaient, elle devrait compenser le manque à gagner par de nouvelles sources de revenus...

La Havane : quand l’avenir devient aujourd'hui Alamar, la ville du futur aux confins de la métropole cubaine (photographies nos 16 – 30 de la sélection)
Alamar, situé à neuf kilomètres à l’est de la vieille ville de La Havane, était le rêve de Fidel Castro d’une nouvelle ville, érigée par ses futurs habitants eux-mêmes. Cette « ville du futur » était censée être une cité modèle, propre et ordonnée, au point qu’il était théoriquement banni de garder des animaux domestiques ou de déposer des pots de plantes sur les balcons. En outre, dans chaque immeuble, un appartement était attribué à des révolutionnaires étrangers ayant besoin d’un refuge.
Quarante ans plus tard, l’avenir est devenu aujourd'hui. Alamar et ses habitants, comme le reste de Cuba, sont passés par la « Période spéciale en temps de paix » suite à la dissolution de l’Union soviétique. Le temps a laissé́ des traces sur Alamar. Pour la préservation des façades, il y’a peu d’argent
à moins que les habitants n’y contribuent eux-mêmes ; personne ne se plaint plus de plantes sur les balcons ni même de poulets dans les rues. Le cinéma est fermé, les ordures jonchent les rues, l’ancienne ville modèle est devenue un dortoir qui est tellement éloigné du centre-ville que la partie la plus reculée d’Alamar est aussi appelée « Sibérie ».
La désillusion d’Alamar se mêle à tant d’autres expériences urbaines autrefois axées sur l’avenir. Et pourtant ici, l’air semble un peu plus frais, le vent un peu plus chaud, les rues un peu plus paisibles, les couleurs un peu plus vives et les habitants un peu plus heureux que dans tant d’autres banlieues du monde, jadis construites avec des ambitions prometteuses.

Zanzibar : Les maisons allemandes. Aventures architecturales de l’Allemagne de l’est en Afrique.
1964. La guerre froide est à son apogée, la crise des missiles cubains a fait l’objet d’une résolution étroite seulement deux ans auparavant, et le mur de Berlin qui sépare l’Allemagne de l’Ouest de la République démocratique allemande (RDA) date de moins de trois ans. Une politique étrangère appelée doctrine de Hallstein exige que l’Allemagne de l’Ouest, alliée des États-Unis, rompe ses relations diplomatiques avec tout Etat qui reconnaîtrait la RDA soutenue par l’Union soviétique. Cette doctrine rend difficile pour la RDA, relativement isolée et économiquement beaucoup moins importante, de nouer des relations diplomatiques en dehors du bloc soviétique.
Au même moment, profitant d’une révolution sur l’île africaine de Zanzibar au début de la même année, peu après le retrait de l’administration coloniale britannique, une nouvelle opportunité se présente à la RDA : une aide massive au jeune régime révolutionnaire en échange de reconnaissance diplomatique. Le président du Zanzibar, qui a en tête de reconstruire radicalement la capitale homonyme de l’île, y voit à son tour un intérêt. Adoptant le leitmotiv : « des logements modernes pour un peuple moderne », il rêve d’immeubles modernes et de larges boulevards à l’instar de ceux qu’il a vus lors de ses déplacements dans les villes d’Europe de l’Est. Son partenariat récent avec Berlin-Est l’aidera à concrétiser cette vision. Et ce, en plus du soutien fourni par les services secrets allemands dans la création d’un appareil de sécurité de l’État.
La RDA a depuis cessé d’exister, mais les blocs construits sous son impulsion continuent de façonner l’esthétique de la ville de Zanzibar. Ils dominent le paysage urbain et offrent encore aujourd'hui un contraste architectural notoire avec les vieux palais pittoresques de la vieille ville, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. En dépit de leur esthétique particulière et de leur besoin urgent de ravalement, les immeubles de style socialiste sont appréciés par les habitants et quiconque possède ou loue une habitation à bon marché ici se considère relativement chanceux.

Berlin : une renaissance du « plattenbau » ?
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Berlin avait perdu plus d’un tiers de sa population. Sur 1,6 million d’appartements, 500 000 furent complètement détruits. Dans les quartiers centraux, la moitié du stock d’appartements était inhabitable. L'afflux de réfugiés exacerba cette crise du logement, qui dura des décennies.
Pour y remédier, le gouvernement de la République Démocratique Allemande (RDA) dont la partie orientale de Berlin devint sa capitale, a développé un programme de construction à grande échelle basé sur la technique du « plattenbau », c’est-à-dire des logements de masse construits avec des éléments en béton préfabriqués (le mot « plattenbau » est composé de « platte » (panneau) et de « bau » (bâtiment)). Lancé en 1973, le programme promettait d'éliminer le déficit de logements à l’horizon 1990. Ironiquement, c’est l'année où le pays disparaîtra de la carte du monde.
Dans le cadre de cet ambitieux programme, la construction du plus grand ensemble en Europe construit avec la technique « plattenbau » a été lancée en 1977 à Marzahn, près de Berlin. Marzahn devait offrir un chez-soi à plus de 100 000 habitants. Les appartements ont eu un grand succès grâce à des équipements « modernes » tels que de l’eau chaude et des toilettes intérieures, ce qui n’était pas commun dans les bâtiments d’avant-guerre du centre-ville de Berlin. En outre, Marzahn devrait également être un lieu de mixité sociale : idéalement, la famille d’un diplômé vivrait à côté d’une famille ouvrière.
Après la chute du mur, la situation changea rapidement. Marzahn a perdu un grand nombre d’habitants qui ont émigré à l'Ouest à la recherche d'emploi. Le quartier connut le même sort que de nombreuses autres banlieues marginalisées à la périphérie des grandes villes du monde. Les autorités finalement réduisirent la taille de nombreux immeubles. Néanmoins, bien qu’il soit l’un des quartiers encore abordables, Marzahn n’a pas encore réussi à retrouver son ancienne popularité alors même que les logements manquent aujourd'hui à Berlin du fait de son essor économique ces dix dernières années.

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