AGUABUENA
Sous le nom d’artiste "Aguabuena", Alexandra, 36 ans, explore et questionne le monde avec la photographie comme guide depuis 2009. Passionnée, elle a découvert cette pratique par hasard, à une époque où l’art ne faisait pas partie des horizons qu’on lui proposait.
Originaire d’un petit village en Charente-Maritime, Alexandra a vécu un choc culturel marquant en quittant son environnement rural pour s’installer à Toulouse, puis Buenos Aires et la région parisienne. Ces transitions ont marqué le début d’un voyage introspectif profond, où la photographie s’est imposée comme un langage essentiel pour appréhender le monde, revisiter son passé et amorcer un processus de résilience.
Les rencontres, tant humaines qu’artistiques, ont enrichi son regard et nourri son désir d’explorer des thématiques profondes : les transformations des paysages urbains et ruraux, l’incroyable diversité des individus et des lieux à l’ère de la mondialisation, les blessures et les traumatismes, ainsi que les notions de mémoire et de perte. Ses œuvres déploient une atmosphère où la délicatesse poétique se mêle à des éclats de vie dramatique et à une violence cathartique.
Formée à Toulouse au sein de l’atelier d’initiation à la photographie argentique de l’Espace Saint-Cyprien, Alexandra a perfectionné sa pratique et a fait de la pellicule et du tirage analogique ses piliers. Aujourd’hui présidente de l’association « Collectif Labo 402 », qui rassemble des passionnés de photographie au 6b à Saint-Denis. Elle continue de partager sa vision artistique et d’accompagner les passionnés dans leur propre parcours photographique.
Cette approche artisanale lui permet de tisser un lien intime avec ses clichés : chaque étape, du déclenchement au tirage, devient une manière d’exprimer ses émotions, tout en entrelaçant son histoire personnelle à celle des autres.
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Quand j’ai appris que la photographie pouvait être un langage au-delà des images, ma révolution intime a commencé.
Cette pratique est née d’un besoin : celui de comprendre et d’apprivoiser mon passé. En quittant mon village natal pour une grande ville, j’ai été confrontée à un choc entre deux mondes, mais aussi à mes propres blessures.
La photographie s’est alors imposée comme une forme de thérapie, un espace où je pouvais interroger mes traumatismes et leurs empreintes sur ma vie. Elle m’a permis d’explorer la mémoire, d’appréhender la perte, de leur donner une voix et de transformer ce qui était invisible en une matière tangible.
C’est aussi un moyen d’aborder la santé mentale sous un angle politique, en cherchant à briser la honte et les préjugés associés, à la fois pour moi-même et pour les autres concernés. C’est également une façon d’exprimer mes vifs élans d’amour et de vie.
Mon travail s’inscrit dans une démarche presque entièrement analogique, qui a beaucoup de sens pour moi.
Cette pratique, alors que je suis une hyperactive anxieuse, m’a permis de ralentir, de développer de la patience.
La pellicule, le tirage manuel, la lenteur du geste. Tous ces aspects me permettent d’habiter pleinement chaque instant et chaque image, tout en tissant un lien profond avec ce que je capture, en prenant le temps de ressentir, de questionner et de réfléchir ce qui est à l’intérieur et ce qui m’entoure.
La pellicule est aussi un support physique très fragile, qui peut subir des dégradations et qui peut être « perdu » s’il est « mal traité ». Ainsi, je l’endommage parfois volontairement, ce qui alimente et enrichit le sens de mon œuvre et tous ces processus expérimentaux reflètent mon besoin de poser un regard sincère et curieux sur le monde et sur moi-même.
En figeant des instants de transition, des lieux en mutation ou des fragments de souvenirs, les choses en mémoire et celles qui se dissolvent dans la perte. J’espère tisser un fil entre l’intime et l’universel, entre ce qui peut être exprimé à travers l’image et ce qui reste indicible.
Mon travail est une invitation à explorer non seulement la profondeur des espaces que nous habitons, mais aussi celle des émotions que nous portons.
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