Elodie Poirier est une photographe plasticienne née en Normandie en 1996.
Elle fait ses débuts dans le monde de la photographie en tant que modèle en 2015. Elle choisit de passer der- rière l’objectif 2 ans plus tard. Par la singularité de son histoire, elle passe son bac littéraire dans une unité de soin de la ville de Rennes et effectue une remise à niveau en art en appliqués en 2017. Un an plus tard elle se forme à distance en art-thérapie et s’intéresse à la photothérapie.

Elle choisit de ne pas poursuivre dans cette voie afin de se consacrer entièrement à la photographie argentique ; qu’elle appréhende de manière complètement autodidacte. Elle s’inspire de grande figure féminine de la pho- tographie telle que Sophie Call ainsi que Francesca Woodman, pour son univers suréaliste et fantomatique.

De janvier à avril 2019, Elodie Poirier est bénévole et secrétaire de l’association « Les Femmes Libres » à Rennes. Elle organise et participe comme photographe à l’exposition collective « Uncensored ». En exposant la série “ The Moon Inside You”, cette exposition lui permet d’ajouter une dimension féministe et politique à son travail, luttant ainsi contre la diabolisation et le tabou autour des règles.

Le concept du « Moi incertain et flottant » dévellopé par Marguerite Yourcenar en 1981, est une notion qu’elle interroge dans son travail, pour ne plus vivre dans l’abnégation de soi.

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Elodie Poirier travaille principalement au polaroid et au moyen format, au travers de portraits inti- mistes et d’autoportraits.

Contrairement à la photographie argentique traditionnelle, la phase principale de sa production se situe après la prise de vue : la déformation des images lui permet de retranscrire le rapport difforme qu’elle entretient avec son propre corps de femme. Les techniques de dégradation qu’elle utilise vont parfois jusqu’à la destruction totale de ses photographies.

Par la manipulation plastique du film argentique, son but n’est plus de capter et d’enregistrer la réalité, mais d’en révéler son potentiel onirique.
Cette pratique expérimentale lui permet d’obtenir une dimension organique, qui alimente son travail autour de l’identité et des fragilités humaines : l’identité mentale et corporelle, imparfaite et changeante de l’être humain, est une thématique récurrente dans son travail.

De par sa formation en art thérapie Elodie Poirier est rapidement amenée à s’intéresser à la photothérapie, concept qui fait désormais partie de sa démarche créative. Elle développe un langage pictural lui permettant d’exprimer les émotions muselées, là où les mots viennent à manquer. La photographie est pour elle une force salvatrice ; une réappropriation de son identité de femme et de son histoire.

Comme l’évoquait Susan Sontag dans son essai Sur la photographie en 1977, la photographie est par essence nostalgique : elle transforme le présent en passé.
Par sa série “L’autre Monde”, Elodie Poirier explore la possibilité d’un monde organique existant au-delà du réel : un univers fragile et inconstant, appartenant aux abysses du temps. À travers ses images, l’artiste abor- de notre rapport au temps qui passe, à l’identité fluctuante et à une destinée commune : le vieillissement de l’enveloppe et la mort de l’âme.

Cette série composée de 16 portraits aux visages figés et inaccessibles sont inexorablement tous voués à disparaître au sens propre comme au sens figuré. Suite à la prise de vue, les polaroids sont volontairement plongés dans un bain d’acide durant plusieurs semaines. Ils sont ensuite retravaillés à l’aide d’injection d’en- cre et de peinture. Les portraits continuent d’évoluer dans les mois après la sortie du bain et finissent par se stabiliser.