APRÈS ON OUBLIE

LES ÉDITIONS ORANGE CLAIRE

« Après, on oublie », un récit photographique qui fait l’expérience de la mémoire

 

 

« Etrange objet que la mémoire. Dont il nous faut rendre compte à l’aide de deux autres objets non moins délicats : la pensée et le langage », explique Bruno Dubreuil, l’auteur du livre « Après, on oublie » paru aux éditions Orange Claire fin novembre 2020. Plus qu’un livre autobiographique ou historique, c’est un récit photographique sur la mémoire. Il relate donc des histoires et suit leur modification au cours du temps. Livre-objet dessiné par Claire Jolin, ce qui s’y raconte se transforme, se perd, se retrouve, se recouvre, opérant pour le lecteur le même travail que celui qui s’effectue dans la mémoire du narrateur. « C’est là que réside la seule vérité de ce récit photographique », poursuit Bruno, « celle d’un moment et d’une conscience. Au fond, c’est un livre qui fait l’expérience de la mémoire. »

 

« Des histoires de famille, nous en avons tous », raconte Bruno Dubreuil. « Les miennes ont pour cadre des évènements marquants de la Seconde Guerre mondiale : les camps de concentration, le massacre des soldats polonais à Katyn (la branche maternelle de ma famille est germano-polonaise). Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est la façon dont les histoires se modifient et dont l’histoire ne cesse de se réécrire (ces évènements résonnent toujours dans un présent tiraillé par les révisionnismes historiques). C’est un voyage dans la conscience individuelle et collective. »

 

« La première fois que j’ai rencontré le photographe Bruno Dubreuil, j’ai été fascinée par le mode de lecture foisonnant qu’il avait réussi à créer dans une installation exposée à Paris en 2017. J’avais littéralement l’impression de rentrer dans un cerveau » raconte Claire Jolin. « En tant qu’éditrice-designer, je travaille sur la relation texte-image et sur des livres dont la manipulation transforme le lecteur en acteur. Il me semblait évident que la forme objet-livre était particulièrement adaptée aux propos de Bruno. » Leur collaboration débute pendant l’été 2019. Le résultat est un objet carré, épais, avec une couverture au bords tranchants comme une plaque de métal, une typographie qui s’efface, un papier au touché rugueux et surtout des pages coupées en deux. L’ouverture est solennelle : plusieurs pages de gardes à la couleur sombre introduisent le narrateur et son récit. En haut, en bas, le lecteur poursuit les quatre chapitres dans l’ordre qu’il veut, ou qu’il peut. Les photos sont comme une constellation, elles semblent se suivre et puis non. Flottement du regard, des mots, de la pensée, de la mémoire. Peu à peu, le sens se dégage, l’émotion aussi.

 

La matière brute de ce livre photographique joue sur l’économie : celle des photos, des blancs, du temps. Chaque mot, chaque image est ciselé par l’artiste Bruno Dubreuil et vient enrichir le sens. C’est un tout qui fonctionne de façon horizontale (le récit) mais aussi verticale (par ellipse). C’est un discours ouvert où le lecteur garde une grande part d’interprétation en fonction de sa sensibilité. Un livre qui se modifie avec le vécu du lecteur, qui laisse son cerveau associer et croiser les éléments pour tisser une pensée plus singulière et faire l’expérience de notre mémoire collective. 

 

 

 

 

« Après, on oublie », 

Un récit photographique de Bruno Dubreuil

Un livre-objet dessiné par Claire Jolin

Les éditions Orange Claire

39 €

 

Vente en librairie et auprès de l’éditeur 

Les éditions Orange Claire : http://www.orangeclaire.com/2020/09/apres-on-oublie/