RÊVE

DUNIA AMBATLLE

 

Rêver, palindrome lumineux ou sombre revers de médaille. Deux yeux clairs vocalisent,

cernés de rancœur et de regrets. Puis, au centre, glisse la volupté velléitaire de l’instant.

Rêvant face à l’arbre élancé, cyprès incliné par les feux follets turbulents des paysages ocres. Colonne flexible sous des soleils d’été inachevés ou à venir. Élégie d’haleines blanches.

Rêveur, paupières closes sur le mouvement, sur les gestes et les mots d’une absurde dié- gèse dont la logique implacable apparaît par intermittence, entre souvenir et oubli.

Rêverie de l’absence, du présent anéanti. Sourire de lèvres mouillées à la source intime d’une image éphémère et obsédante. Maintenant obsolète, réalité niée. Bouche fermée, la langue insinue des mots que nul n’entendra.

Rêve livide d’abord, qui s’éclaire lentement des couleurs de la vraisemblance, presque tan- gibles, presque odorantes, quasiment chantantes. Instabilité de la courbe dansée. Réalité floutée, enlacée par la vivacité de ce qui n’est pas.

Rêvée, la chambre enfantine sillonnée de la lumière orange d’un après-midi. Front irisé de sueur, mains fraîches. Une odeur de café, rassurante, qu’apportent des voix adultes et rieuses. Lèvres tendres, entre sourire et soupir.