DANS CE NUMÉRO :

PORTRAIT

DUNIA AMBATLLE

 

Un portrait est impossible à réaliser.
Qu’il soit littéraire ou plastique, nous sommes dans l’incapacité de définir, de dessiner, d’esquis- ser même l’image de l’autre.
On peut toujours tenter une ébauche ressemblante de celui qui nous fait face. L’apparence, l’en- veloppe, une lueur dans le regard, certes. Mais l’infidélité est là.
Nous attraperons au vol quelques miettes d’autrui.
Nous penserons peut-être que notre pinceau, notre plume, notre objectif ont saisi et couché, sur la toile ou le papier, l’individu en substance.
Et pourtant, l’essentiel nous échappe toujours.
Comment recueillir la matière mouvante, changeante, irrémédiablement opaque qui nous re- garde ?
Liquide, glace, vapeur, le caractère reste, mais évolue, entre le moment où l’on décide de le saisir et l’instant où l’on passe à l’acte.
Qui est l’autre sinon l’inaccessible, celui que l’on ne connaîtra jamais, quel que soit le degré d’intimité.

Oui, un portrait est impossible à réaliser, car nous ne verrons et prendrons d’autrui que ce qui nous intéresse, une part de nous-mêmes.
Nous ne mettrons en exergue que le fruit de notre propre essence.
Miroir, mise en abyme de soi, reflet toujours recommencé.

La pomme n’est appétissante que de notre propre faim.
Le modèle n’est singulier qu’à travers notre propre unicité.

Enfin, un portrait est irréalisable, car celui qui se sait observé n’est plus sincère.
Sous le regard étranger, nous devenons étranges à nous-mêmes. L’œil qui nous guette aliène le corps, la posture et les yeux du modèle.
Que reste-t-il alors d’un portrait impossible ? Une image qui sans cesse disparaît ? Une recherche de l’autre qui n’aboutira jamais ?

L’autoportrait, alors ?
Sans nul doute, les enjeux diffèrent, mais l’impossibilité ne fait que croître.
Car comment se dire, s’écrire, se peindre, se prendre pour cible d’une photographie, sans chan- ger de peau, de regard, et donc sans mentir, sans se mentir ?