NUDITÉ

DUNIA AMBATLLE

 

Nu, comme le sable coulant dans la clepsydre, sec, étouffé, puis répandu dans la voix du temps

qui passe et qui ne change rien à l’espace déjà accordé par la vie.

Tu as cru mettre ta peau à fleur de cœur pour recommencer un autre voyage. Tu as voulu dé- nuder tes lèvres, ton front et tes mains pour que la vie recule. Et le sable est là, crissant entre tes dents, et pourtant goûteux, immangeable et agréable, comme la première fois, comme la première douleur et le premier plaisir qui a inondé ta peau tendre.

Nue, comme la feuille qui, accrochée à la tige de ton espérance, s’enroule autour de tes bras, tissant le voile éphémère que tu pensais inamovible et qui, pourtant, va fondre entre les mains de l’inattendu, de l’inespéré, perturbant et dubitable, si petit, si fragile, et maintenant prégnant, trop présent, grand comme un sourire retrouvé, immense comme un rire regagné, alors que tout te raconte une fin toujours recommencée, une improbable joie qui ne dure que le temps d’une nudité de l’âme que rien ne retient et que la conscience recouvre de tristes lambeaux de déjà vu.

Nus, les yeux qui veulent regarder plus loin, ailleurs, au-delà du prévisible.

Nus, les parfums des mains rudes, mais désirables, celles qui laissent sur le corps des arômes lointains de ce qui aurait pu être, mais s’est brisé contre les écueils du regret, des années sèches.

Nus, les corps séparés par trop de sueur mêlée, par trop de lueurs ratées, par la couleur inerte, un peu terne de tout ce qui ne put se construire, mais qui demeure oscillant entre le marbre dur et l’argile fragile et malléable.

Elles sont nues, les années perdues. Nues comme des statues, superbes et froides, magnifiques comme peuvent l’être le regret et le remords.

Le souvenir dénude, petit à petit, la main qui tente de retenir ces grains de sable. Ongle après ongle déchiré, paumes tournées vers un ciel incertain, tentant de retenir le sable qui s’écoule lentement dans la clepsydre, avalant la voix du temps.

Pourtant, à la bouche du désir, le corps et le cœur sont nus, comme si tout devait recommencer, comme si tout pouvait renaître, dans l’extrême nudité du rien.