La conscience de notre fragilité participe de notre humanité, et a précisément élu domicile dans mon processus de création.
Fragilité tout d’abord dans mes procédures. Chaque prise de vue est une performance dans laquelle ma technique photographique n’est pas un recours sécurisant auquel je m’accroche, mais une opportunité de déconstruction, de déstabilisation et de surprise. Dans la technique du lightgraff que je me suis réappropriée, je « manipule » les corps et la lumière, je dessine avec des sources lumineuses sur et avec mes complices. En bousculant la technique dans tous les sens, je me place dans une incertitude, j’embrasse le vibrant par le geste manuel, je fais le pari de nouvelles découvertes, je joue avec les codes, je me déleste des bénéfices de la séance précédente. C’est sur le terrain de la perte que je fais d’incroyables gains. 

Fragilité des individus aussi. Celles et ceux que j’invite à travailler avec moi devant l’objectif sont tous des proches. Je connais leurs fractures intimes, leurs nœuds, leurs tensions, et c’est précisément à l’endroit de leur vulnérabilité que je viens les convoquer. Mon travail tout entier est centré sur l’altération du corps et sa réécriture poétique. Lorsque je mets en lumière un corps éloigné des canons esthétiques, un corps malade ou vieillissant, il ne s’agit pas de l’ériger en nouveau parangon mais de tenter d’en montrer la porosité. Je me préoccupe de trouver et de montrer en quoi ces corps sont habitables et habités. Et de faire surgir l’maginaire que ces enveloppes recèlent, parfois à leur insu.