SOUVENIRS DU FUTUR : Π + A

Adrienne Arth

Dès le titre, nous sommes invités au voyage et au compagnonnage.
Travail à quatre mains réalisé entre Paris, Marseille et Bruxelles, au gré de leurs rencontres, par Pelly Angelopoulou, mosaïste/plasticienne et Axel Léotard, photographe. Travail dans le temps, sur le temps, travail en cours, sans perspective finale, dont les auteurs nous livrent ici les premières créations. Ils se rencontrent, ouvrent leurs valises emplies de journaux, revues d’art, photos. Discutent, trient, argumentent, cherchent, se cherchent, choisissent, parlent Art, parlent vie, puis chacun s’en retourne. Axel renvoie parfois de nouvelles images, Pelly peint les fonds, découpe, taille, agence, construit.
Pelly signe π, nombre irrationnel, se développant à l’infini, symbole de la création.
Axel signe A, l’alpha, symbole de l’origine du tout.
Souvenirs du futur : infini + origine, deux polarités complémentaires pour conduire à la création ?
Pelly Angelopoulou est mosaïste. La mosaïque est un des arts les plus ancien de la construction d’une image à partir de fragments assemblés. Le collage numérique est une suite logique de son travail et elle garde dans celui-ci le mélange des matériaux, non plus fait de pierres, émaux, céramiques… mais d’images. La technique du collage, apparu dans les années 1910, est un moyen de repenser le rapport de l’art à la réalité. Et Pelly Angelopoulou rejoint ici cette lignée d’artistes, que ce soit en musique John cage, Kurt Schwitters, en littérature James Joyce, John Dos Passos, en peinture Max Ernst, Hannah Höch, Robert Rauschenberg, au cinéma Luis Buñuel, Jean-Luc Godard, sur scène, Pina Bausch pour ne citer que quelques noms, qui participent de cette esthétique de la non-cohérence et travaillent un monde kaléidoscopique obligeant le spectateur à devenir acteur de ce qu’il regarde et à se confronter à un univers à la fois visuel et mental où toute interprétation devient questionnante et provisoire.
Cette esthétique du collage est développée ici dans une dimension qui allie l’artistique, le symbolique et le politique. Se frottent des corps et des visages découpés dans des tableaux de Delacroix, Gréco, Goya, Picasso, Degas, Le Caravage, Schiele, Manet, Gauguin, Magritte, Dali, Munch… à ceux de photographes contemporains comme William Klein, Araki et évidemment Axel Léotard, ou encore à celui de David Bowie ou de Pelly elle-même, à des personnages de bandes dessinées, à des animaux, des insectes, des anges, des oiseaux…. Articulation de mémoires plurielles, où Histoire, Art, Éros et Thanatos, féminin et masculin, se heurtent, entrent en écho, s’interpénètrent sans s’obstruer, et l’œil aveuglé tourne, happe, se perd, reconnaît, descend, monte, tourne encore, revient au centre, s’y maintient un instant comme à une corde qui échappe, emmenant l’œil dans un mouvement circulaire, en toupie, englobant à la fois la totalité et ses bords, comme si le mouvement de l’œil se devait d’être perpétuel, sans accroche et accroché, comme perdu pour ne jamais arrêter la circulation du sens, rebondissant d’une figure à l’autre, sortant et entrant dans un état de trouble, saoul. Mais l’artiste le conduit.
À tâtons, l’œil se centre. Le point de fuite apparaît qui stabilise l’éclatement des figures tout en creusant l’image comme un vortex qui ouvre un couloir du temps. La construction, qui utilise la perspective classique, redessine les lignes. Triangles, carrés, cercles, soutiennent l’en-dessous des images et leur géométrie rigoureuse. Nous les regardons s’ouvrir comme les cartes d’un Tarot. La roue de Fortune cycle de vie, cycle du temps.