PRONOMS

Dunia Ambatlle

J’ignore ce Genre de cécité qui abomine les dérives et réagit, violente indifférence, aux cris de ceux qui se noient dans les replis d’une mer, rides millénaires, devenue ennemie.
J’ignore une Société qui vomit l’extravagance, l’errance et l’insolence. Tout ce qui erre sur les murailles de l’ennui et les parapets couverts des crachats gris de la perfection et de l’exactitude.
J’ignore la Culture absente, privée de cette imagination qui devait tout pouvoir, qui prétendait au meilleur et se vantait du pire, mais qui s’abîme dans la lassitude. 
Tu connais, tu es né, tu parais et demeures dans le vide. Troisième pilier d’une religion nouvelle. Prière silencieuse de ceux qui n’ont pas de nom encore. Tierce personne, illusion ternaire d’acceptation.
Tu connais les langues vipérines nommant dans un murmure les chances évanouies. Les fourches noires de l’envie et de la médisance. Les sifflements acérés qui brisent les espoirs.
Tu connais les mains qui se tendent, traîtres remparts, fausses attentes. Mains ouvertes dont les paumes de sable disparaîtront au gré des vents adverses. Doigts éphémères craignant les liens.
Nous attendons souvent, au coin de chaque rue, à l’abri des porches, au sein des villes assourdissantes, la musique lointaine de ceux qui démolirent les murs de leur propre Jéricho.
Nous attendons encore, malgré les jours qui pleurent leur pluie de pourquoi, les maillons d’une chaîne qui redresse les muscles fatigués de tant d’innombrables solitudes. 
Nous attendons toujours la venue de l’inouï, de l’impossible. Les yeux tournés vers l’image fugitive d’une silhouette entraperçue. Le visage dur, inaltérable, tendu, prédisant la sphère parfaite de demain.
Vous désirez l’incandescence et la brûlure. La fin de ce qui fut semble à votre portée. La boursouflure éclatée d’où suinte la lymphe des corps possédés devient, avant toute chose, enviable.
Vous désirez un monde d’automne roux. Feuilles de papier jaunies aux lignes rougies recouvrant les routes et les rides. Pages insaisissables d’une existence qui disparaît au rythme des cœurs battus.
Vous désirez la froidure et la pierre. Le blanc de l’orbite aveugle qui se détourne du chemin parcouru. L’œil de statue, vide, impassible effaçant la ligne du passé dessinée au creux de vos mains, reniant encore et encore le geste d’Orphée. 
Omises, oubliées, ces troisièmes personnes, singulières ou plurielles qui déchirent Genre, Culture, Société en deux lambeaux d’un tissu réfractaire qui ne recouvre plus la réalité.