PHÉNIX

Frédéric Martin

Brûlés, par le photographe Clément Marion et avec un texte de Clélia Lebreton, autoédité, propose bien plus qu'un livre de photographies.
A l'origine...
Il y a la brulure.
Il y a la souffrance. Physique, morale.
Le traumatisme. Feu, choc électrique, accident de la route, causes multiples, conséquences diverses. Mais tous doivent se reconstruire, réinventer une vie, un corps, une âme.
Phénix.
Clément a choisi de les photographier dans la plus simple nudité, dans la plus grande évidence. Pour ce faire, il utilise la technique du collodion humide. Par son rendu colorimétrique, mais aussi son aspect craquelé, morcelé les photographies au collodion rappellent la peau des grands brûlés.
Parallèlement, Clélia Lebreton nous offre une longue réflexion sur ce qu'est, peut-être, la souffrance, puis l’acceptation de cet état, sur l'après, la résurrection. Message d'espoir, de soutien.
Phoenix, encore.
Avec Brûlés nous avons à faire à un travail marquant et remarquable. Loin d'un simple catalogue d'images de traumas, les photographies, soutenues par des témoignages très courts des modèles, proposent un parcours dans les méandres de l'Être. Rendent visibles ceux qui ne le sont pas.
Mutilés, torturés, scarifiés, la blessure est palpable, la violence indicible.
Pourtant, de chaque cliché émane une force de vie, un souffle de renouveau presqu'inimaginable.
Dès lors quand Clélia Lebreton nous dit: "Personne ne détient de vérité, chacun a sa vérité", il apparaît que la vérité ici, c'est celle de la sublimation des émotions, c'est la nécessaire résilience face à l'épreuve.
 Après quoi, vient le retour à la vie "normale", le poids des regards, le silence ou l'incompréhension des autres.
Faire avec. Vivre sous.
Peu à peu se construire.
Reconstruire.
Naître à nouveau.
Phénix.
Sans nul doute, ce que nous proposent Clélia et Clément permet d'appréhender, à minima, ce que l'Homme accepte mal, comprend mal, rejette parfois: la différence du corps. Parce qu'elle le renvoie à sa propre finitude, sa propre vulnérabilité. Pourtant, la majesté des différents modèles, la force des clichés de Clément sont autant de liens vers l'acceptation.
De Soi peut-être, de l'Autre surtout.
Toutefois, il serait réducteur de limiter Brûlés à ceci.
Parce que derrière les mots de Clélia, nous comprenons que le chemin de la renaissance, la voie du Phénix, semée d'embûches, d'aller-retour émotionnels a besoin des familles, amis, proches pour être accompli. 
Et que ce livre est un pas vers nous lecteurs. Une main tendue au-dessus de l'abîme de la douleur intime.
Il y a peu d'ouvrages qui traitent de manière aussi sensible, sincère de la destruction du corps. De sa résurrection.
Et là où, peu à peu, les Phénix renaissent, l'âme des lecteurs/regardeurs s'élève.
Cet ouvrage est un dô, une voie. 
Il nous amène où nous n'oserions aller.
Nous invite à accepter. A comprendre. Nous confronte, aussi, à nos propres souffrances pour essayer de les dépasser. 
Sans compassion médiocre mais dans la plus belle des bienveillances.