LES CARESSES ZÉNITHALES D’HÉLÈNE LANGLOIS

Laetitia Bischoff

Et la lumière pend, se couche puis se replie. Ici puis là. Hélène Langlois relève les caresses de la lumière, étalées ou circonscrites au loin sur une façade, sur une grue, au plus près d’un interrupteur, sur les traces d’un enfant, d’un escalier d’immeuble. La lumière a différents types de territoire : en angles comme un trottoir, en halos comme au théâtre, en douches comme une mousson. Voici la série « laps ». Des prises de vue où l’expression de la lumière est un repère qui change de couleur, de plateau. On la distingue depuis la vue baissée de notre tour de contrôle puis on épie les gouttes de suée de son passage au plus près de nos pieds. Hélène Langlois la guette, naturaliste qu’elle est. Elle suit de loin les us et coutumes de son sujet. C’est au Louvre qu’elle le rattrape. Sur les cartels plus blancs que les sculptures. Au fil des salles, la lumière s’étanche depuis un point de vue en contrebas, sur une peinture ancienne qui hoquette alors les aspérités de son glacis. Hercule affronte un trou de lumière, le bouquet peint dégorge de nouvelles teintes sans plus de forme. Le siège de cuir a ici la même valeur qu’une merveille muséale : comme elle, il détaille les plis de sa surface expressive, respirante. Ce sont les textures que la lumière part lover. Alors Hélène Langlois appâte cette lumière dont elle aime les intrusions dans l'histoire et les histoires. Ses natures mortes de la série « still » sont un délice de textures. Des textures qui usent chacune d’une temporalité distincte. « Still » est un fil de hiatus en duos : le verre de lait pose avec le jeu chromé des années 2020, le fruit flétri côtoie un emballage à bulle, le vase converse avec les arrondis des câbles numériques. Cette fois-ci c’est une lumière des Pays-Bas, cette fois-ci elle entre dans le cadre de travail des artisans de nature morte du Grand Siècle, elle s’incruste dans leur exigence ténue et précise. La photographie « Remplacer la cartouche cyan », maîtrise sublime des transparences est aussi « accessoirement », l’occasion pour la nature morte contemporaine de nous parler du mirage de notre présent, du passé qui, pour paraphraser Deleuze, n’a pas cessé d’être utile car il est, il survit en soi.